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Médiatocs Un âne, des mots

octobre 2008 | Le Matricule des Anges n°97 | par Thierry Guichard

Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.

Dessous, c’est l’enfer

Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent au rayon « thèmes à la mode » (la résurrection - cf. Marc Lévy ou Guillaume Musso, les contes de fées pour adultes où argent et amour trouvent la générosité qui leur permettra un beau mariage, etc.) L’écriture du best-seller s’apparente à celle d’un lycéen anesthésié (point trop de pulsions) qui avec sujet-verbe-complément enchaîne les clichés et les lieux communs.
On pourrait préciser encore, mais force est de constater, avec le nouveau roman de Claire Castillon, que la règle souffre d’exceptions. Dessous, c’est l’enfer figure parmi les meilleures ventes du moment, or, si le même livre était paru sous un autre nom, il n’aurait pas franchi la barre des cinq cents exemplaires vendus. Car sa lecture est âpre, rendue difficile par une très agaçante manie de juxtaposer des phrases au présent, les unes à la suite des autres sans presque de lien, comme on enfilerait des perles sur un collier plus large qu’un tronc de baobab. Donnons un exemple : « Je fuis la musique comme le sommeil, il n’y a que la mienne, toujours, la mienne et mon odeur, ma présence, mon sommeil, mon réveil, rien que moi, tout le reste m’encombre, à part un chien, peut-être, mais si je m’attachais ? Un miroir, c’est déjà bien, j’en ai accroché un au salon. Quand je suis seule, j’essaye de regarder dans mes deux yeux à la fois. » On est là englué à la page 179 d’un roman immobile, il nous reste 50 pages avant de pouvoir respirer.
On a croisé pourtant, dans la tourbe de cette fiction sans élan, quelques belles phrases et une saynète plutôt drôle (portrait de bobos pacsés). Parlant par exemple d’un homme dont elle tomberait volontiers amoureuse, la narratrice trouve les bons raccourcis : « L’homme à la pomme d’Adam est mon homme, me dis-je, chaque fois que je le vois. Je me sens chez moi dès qu’il s’approche. Je ne peux l’exprimer autrement. Sa pomme d’Adam contient tous mes enfants. » Ce sont ainsi des traits, brefs, qui signent un réel talent, gâché hélas par une narration à la va-comme-je-te-pousse, dévertébrée et pressée au service d’une futilité de publicitaire. Claire Castillon ne manque toutefois pas d’ambition littéraire. Comme elle ne cache pas ses admirations, disons que le livre vise (mais n’atteint pas) un univers à la Régis Jauffret revisité par Bernard Desportes (Chevillard aussi est cité par un boucher). Le problème c’est que l’écrivain ici n’a ni la puissance imaginative du premier ni la violence subversive du second, loin s’en faut. D’où : roman mou.
L’histoire tient à peu de chose et peut se décliner toute l’année à la une des magazines féminins : la narratrice est écrivain, tente de raconter des bribes de son passé où parents, grands-parents, frère et sœur semblaient en compétition pour remporter la palme du plus fou. Pendant qu’elle écrit, elle vit avec son fiancé « l’âne » dont gestes et paroles suscitent des commentaires pour le moins moqueurs. Bref, famille, relation homme-femme, petites cérémonies quotidiennes : ça pourrait se clore par un test de personnalité à faire dans le métro et pourquoi pas l’horoscope en guise de marque-page.
Le ton résolument ironique vise une drôlerie acide entre Bridget Jones et les Simpsons : de quoi faire pouffer à la caisse de chez Picard. Les vacheries sur les hommes « décalotte quand tu te laves la queue ou je te quitte » qu’on aime bien quand même « quelle douceur pourtant dans les mots de cet homme qui ne s’avachit jamais une fois l’amour fait » sont des clins d’œil qu’on se fait entre copines. Cette futilité associée au fait que la belle fut, paraît-il, la compagne d’un ancien présentateur du 20 H et d’une émission littéraire explique un succès en librairies. Mais parmi tous ces acheteurs, combien atteindront la dernière page du livre ?

Dessous, c’est l’enfer de Claire Castillon
Fayard, 229 pages, 17

ce qu’en dit la presse

Le Point : « Un style d’une violence prodigieuse (…). Allez, arrêtez de ne jurer que par Sagan, Yourcenar et Duras. Et puis oubliez un peu Nothomb et Angot. Elle s’appelle Castillon et elle n’a jamais été aussi Claire. »

Le Nouvel observateur : « Son nouveau livre intrigue et enchante comme une boîte à secrets un peu malsains. »

Un âne, des mots Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°97 , octobre 2008.
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