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Domaine étranger Moscou underground

avril 2010 | Le Matricule des Anges n°112 | par Yves Le Gall

Le deuxième roman de Jon Fasman décrit le parcours d’un jeune Américain en quête de ses racines familiales. Une plongée dans les arcanes de la capitale russe.

La Ville insoumise

Grâce à sa connaissance de la langue russe, Jim Vilatzer, arrière-petit-fils de juifs russes est recruté par la « Fondation de la mémoire », institution supposée réaliser des interviews des survivants du goulag. En réalité, Jim va être impliqué dans un complot politique opposant la CIA aux services secrets russes, au cœur d’une histoire compliquée d’enlèvement d’anciens chercheurs soviétiques ayant opéré dans le domaine des armes bactériologiques et atomiques.
Moscou, son ciel gris et ses températures polaires, ville où tout est « démesuré, colossal, grandiose, rude, terne et froid », offre un décor propice à un roman imprégné de dureté et de mystère. Après La Bibliothèque du géographe où il nous avait conviés à la recherche de mystérieux objets dispersés depuis des siècles aux quatre coins du monde, Jon Fasman écrit avec La Ville insoumise un texte dénué de toute dimension ésotérique. L’intrigue en est assez complexe. Tenter de comprendre ce qui se trame derrière cette étonnante « Fondation de la mémoire » sert de fil directeur, mais nous sommes loin de l’intrigue d’un roman d’espionnage. Jon Fasman nous fait découvrir un jeu sombre dont il ne dévoile que très lentement le mécanisme. Ce qui donne au livre son aspect fascinant est que parallèlement à la découverte de la machination dont il est victime, Jim s’intègre peu à peu à Moscou comme aimanté irrésistiblement par la ville. Il commence par s’accommoder à « une métropole qui, jour après jour, mettait ses habitants au défi de survivre sans une égratignure ». Il s’habitue aux démesures, à ces contradictions qui s’harmonisent étrangement : l’austérité et le vice, la gentillesse et l’extrême brutalité. Cette atmosphère faite d’un incessant mélange de violence et de nonchalance semble parfaitement lui convenir. Mais Jim sera piégé. Une jeune et jolie Finnoise, étudiante en théâtre le conduira vers son grand-père Rodion Lisitsov, survivant du goulag. Alors que tout semblait bloqué, la mission de Jim démarre enfin. Jim est conscient que tout cela est surprenant et réalise qu’à Moscou les comportements individuels masquent souvent des réalités assez glauques. Ses interlocuteurs semblent animés par la malveillance et le machiavélisme. Pourtant Jim est sensible à la profonde humanité du peuple russe. « La gageure que Moscou imposait à ses habitants c’était de donner libre cours à leur humanité au cœur d’un environnement destiné à ravaler l’individu au rang de quantité négligeable ».
L’absence de rêve, l’absence d’espoir laissent libre cours à des motivations nourries par des intérêts sordides. Effectivement le tableau n’est pas grandiose. Mais il est très explicite. Il est facile en lisant le roman de Fasman de comprendre comment la population s’est adaptée au capitalisme sauvage et à l’argent sale, comment les pratiques de la bureaucratie soviétique se perpétuent offrant l’opacité nécessaire au fonctionnement d’une économie mafieuse. Avec Jim, c’est vers un Moscou souterrain que Fasman nous entraîne. À l’image du métro, « un purgatoire tout en longueur noyé sous les néons fluorescents ».
Et progressivement, la capitale russe s’inscrit en lui au point qu’il fait corps avec elle. Il lui a fallu en traverser les épaisseurs et découvrir ce qu’elle révélait en filigrane. « Duper les autres, sous le masque de l’espion ou celui de joueur de poker, cela reste possible tant que vous ne vous prenez pas les pieds dans vos propres mensonges ». Les crimes, les désordres de la ville ont fait écho en Jim, lui révélant en une angoissante résonance plus qu’il ne voulait savoir sur lui-même.

La Ville insoumise de Jon Fasman
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Madeleine Nasalik, Seuil, 383 pages, 21,50

Moscou underground Par Yves Le Gall
Le Matricule des Anges n°112 , avril 2010.
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