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Domaine étranger Sanglant monologue

mars 2011 | Le Matricule des Anges n°121 | par Lionel Destremau

Quand le culte des armes libère la soif du mal. Troisième roman traduit de l’Américain Mitch Cullin.

King county sheriff

La ville de Claude, à King County : « 900 miles carrés/où résident 407 citoyens légaux/(seuls 52 sont pas blancs) ;/en comptant les clandos mexicains,/on peut en rajouter 100. » C’est là qu’officie le shérif Branches, dans ce coin du West Texas, bout de terre balayé par le vent et le sable, au-delà même de ce qu’on appelle « l’Amérique profonde ». Le shérif se tient à deux pas de ce qui fut la maison de son enfance et qui n’est plus qu’un amas de ruines depuis qu’il y a mis le feu. Aujourd’hui, il a fait une erreur, il l’admet : il a balancé Danny, son jeune beau-fils, dans le puits et il pensait que cela suffirait. Que le gamin se tuerait dans sa chute ou qu’il finirait par se noyer. Mais non, il a survécu et gueule comme un putois au fond de son trou, espérant la clémence de son bourreau… Mais Danny se trompe, Branches parle oui, mais ce n’est pas vraiment au petit qu’il s’adresse, et certainement pas pour lui faire la morale avant de le sortir de là. Non, il se parle à lui-même, interpelle un corbeau, dialogue avec son colt, lui demande même de le pardonner parce qu’autrefois il l’a « souillé dans le cul d’un homme » et donc mal utilisé… Un monologue comme une confession lancée au ciel dans un crachat de sang, rappelant au shérif son passé d’enfant battu ; la façon dont il se vengea du vieillard sénile et rongé par l’alcool qui lui tint lieu de père ; l’éducation qu’il reçut de sa mère, quand elle l’initia, à 10 ans, aux armes à feu. « Quand le monde devient fou/un garçon a besoin d’un flingue décent. », dit-il. C’est là, sans doute, que tout a dérapé avec Danny. Quand il a voulu jouer sa partition paternelle, qu’à son tour il lui a mis en main un Walter PPK, vieux souvenir de son propre beau-père ramené d’Allemagne après-guerre, puis quand il lui a offert un Ruger 9mm. Le gamin s’est rasé le crâne à la mode skinhead, dessinant des croix gammées, lisant des revues néo-nazies, s’amusant à tirer sur des cibles en Placoplatre : « Huit cibles :/chacune porte un nom différent./(…)/ Nègres. Pédales. Juifs./Races dégénérées/Races impures./FBI. ATF./Israël. » C’est ça que Branches n’arrive ni à admettre ni à comprendre : « A quel moment précis ce garçon/est-il devenu autre chose/qu’un simple garçon ?/une chose plus grande,/plus méchante/et silencieuse ? ». Et puis, il y avait tous ces meurtres de chiens dans le comté, empoisonnés au cyanure. Branches a cru, un temps, que c’était l’œuvre de Mexicains. Deux d’entre eux, pris au hasard, pourrissent déjà au fond du puits. Mais il s’est trompé. Le vrai coupable était ailleurs. Alors il lui a bien fallu agir, c’était son rôle de représentant de l’ordre et de la loi, pour qui « la distinction est claire/entre le bien et le mal ». Et pour que Danny cesse de crier, il va bien falloir l’achever, que Branches puisse rentrer chez lui, retrouver la mère du gamin, sa Mary adorée qui lui a préparé des burritos pour le dîner, et après son repas et sa soirée « Vidéo gags » devant la télé, il lui en fera voir au lit, histoire de la remercier comme il faut de sa bonne cuisine. Et demain, il reprendra sa routine, ira même faire son office devant les classes de primaire pour parler aux enfants « des drogues,/du crime/et de la sécurité » et les mettre en garde contre la folie de ce monde…
En 16 chants de vers libres, et à peine 140 pages d’un roman noir/poème en prose, Mitch Cullin nous donne un récitatif de l’horreur où les mots, crus, violents, « jappent » comme des chiens venant mordre les flancs de cette Amérique reculée des petits blancs et leur culture des armes si chère à la National Rifle Association. Dans cette forme coup-de- poing, émerge le personnage ambivalent d’un shérif, beauf et meurtrier, qui hantera longtemps le lecteur : « Parfois/je n’imagine rien –/du noir qui saigne du noir », dit-il, et plus loin : « Dieu a jamais mis les pieds au Texas,/que je sache. »

Lionel Destremau

King County Sheriff
Mitch Cullin
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Yoko Lacour
Éditions Inculte, 142 pages, 16

Sanglant monologue Par Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°121 , mars 2011.
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