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Domaine étranger Gris métallique

avril 2011 | Le Matricule des Anges n°122

Les éditions de La Différence proposent en parallèle deux pièces de théâtre et une étude très transversale, manière de mieux connaître la naissance des robots, et l’usine à déprimes.

Robots : Mythe du golem et la peur des machines

R.U.R. : Rossum’s Universal Robots

La Maladie blanche

Une note de l’essai Robots nous apprend que John von Neumann « fut à la fois l’inventeur de l’ordinateur et celui qui calcula la hauteur exacte à laquelle la bombe atomique devait exploser pour causer le maximum de destruction » – pour ainsi dire un créateur d’ambiance. Brigitte Munier, enseignant-chercheur à Télécom-ParisTech, se garde toutefois de tout « pessimisme baudelairien » quant aux technologies de l’information et de la communication : il s’agit ici de prendre quelque distance, et de considérer notre peur des machines au prisme de l’imaginaire. Ainsi l’essai s’attache-t-il aux mythes que les siècles classiques puis la modernité ont réactivés : Don Juan viole la loi sans rien créer, puis Prométhée se fait « prophète et martyr de la rationalité humaine autonome », avant que Golem se rebelle, « simulacre, parodie d’homme qui n’a pas sa place dans la création ». Des termes qui rendent compte du Frankenstein, non pas Prométhée moderne mais nouveau Golem, au même titre que tant d’androïdes et de clones qui peuplent nos fictions.
Voilà un effort de systématisation méritoire, où par la grâce d’un tableau, L’Astrée et Avatar peuvent se voir associés. Pourquoi pas ? Reste que les sciences sociales aiment aller vite, qu’elles se promènent dans les œuvres sans y regarder de trop près, s’autorisant toutes les hiérarchies – « le roman moderne observe, médite et instruit (…)  ; le roman populaire divertit et console », proposant « un univers simple et efficace comme L’Iliade »… – et toutes les citations : Huysmans fait l’apologie des chemins de fer, grâce auxquels « l’homme a fait dans son genre, aussi bien que le dieu auquel il croit » ? Mais c’est sans doute son personnage qui parle ainsi.
Le même auteur préface par ailleurs la réédition de R.U.R. (Rossum’s Universal Robots), « drame collectif » joué à Prague en 1920. Une pièce capitale, d’abord parce que Karel Capek y créa le terme de robot, issu du tchèque robota : la corvée. L’intrigue lie ainsi invention scientifique et force de travail : après s’être essayé au « chien artificiel » et au « veau ratatiné », une entreprise produit en chaîne de la main-d’œuvre elle-même vouée au travail à la chaîne, et à toutes les besognes dont l’homme moderne veut se défaire. Mais un mystérieux « spasme robotique » agite parfois ce prolétariat prétendument sans âme ; la révolte gronde bientôt, et la destruction s’ensuivra des anciens Maîtres.
Critique du Capital, de l’hédonisme destructeur d’âmes ou des mythes du mythe du surhomme ; mais aussi étonnant réservoir d’intrigues à venir, qui ne s’interdit pas l’incongru, le marivaudage, les ellipses malignes. L’action de grâce finale (l’humanité renaît au travers de l’amour naissant entre deux robots) pèse quand même un peu. Ce caractère dissertatif est très présent dans La Maladie blanche (1937) du même Capek. Ici, c’est la propagation d’une sorte de lèpre qui fournit l’argument de la dystopie : de là le ballet des grotesques qui se partagent la scène, médecins préconisant la morphine et le désodorisant, politiques défendant « l’organisme de la nation », militaires vilipendant la « peste pacifique », etc. La qualité d’anticipation est encore là (on reconnaît les formes du fascisme et celles de la pandémie, le mépris des masses et l’attrait pour le renouvellement des populations – la maladie a le bon goût de ne pas s’attaquer aux jeunes gens) ; mais tout cela porté jusqu’aux formes les plus tranchées du sinistre, dans une sorte d’essentialisation de l’Europe centrale qui ferait passer Eugène Ionesco pour l’inventeur des soirées à thèmes.

Gilles Magniont

Robots : le mythe du Golem et la peur des machines
Brigitte Munier
La Différence, 300 pages, 20

R.U.R. de Karel Capek
Traduit du tchèque par Jan Rubes
220 pages, 8

La Maladie blanche
Traduit du tchèque par Alain van Crugten
La Différence, « Minos », 158 pages, 7

Gris métallique
Le Matricule des Anges n°122 , avril 2011.
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