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Domaine français Sexuel, mon cher Watson !

octobre 2012 | Le Matricule des Anges n°137

Flanqué de sa fidèle biographe, le Dr Henry St Liver mène l’enquête dans une Angleterre aux prises avec les plaisirs les plus déviants.

Le Souilleur de femmes d’Oxford

Après s’être intéressé à la genèse des titres d’œuvres mondialement connues, Gary Dexter, journaliste au Times et au Guardian, descend parmi les sombres recoins de la fiction. Avec Le Souilleur de femmes d’Oxford, il propose huit enquêtes se déroulant dans le Londres de la fin du XIXe siècle, chacune menée par Henry St Liver, criminaliste spécialisé en sexologie. C’est au cours de la première enquête que la narratrice, Olive Salter, participant à une réunion de la Confrérie de la Vie nouvelle, rencontre en chair, en os et en poil cet excentrique consultant pour Scotland Yard : « Il devait avoir un peu plus de trente ans, était terriblement filiforme et sa moustache par trop abondante ». Désormais, à l’admiration toute intellectuelle de St Liver pour les écrits de Salter, vient s’ajouter la fascination qu’éprouve cette dernière pour l’étrange personnalité du docteur ainsi que pour son professionnalisme égal dans la résolution d’énigmes insolubles et lorsqu’il s’agit d’étudier l’inversion sexuelle des pigeons. Ainsi à ses côtés apprendra-t-elle bien vite que « la sexologie doit être traitée comme la science unificatrice, subsumant toutes les autres sciences (…). Par conséquent, l’approche sexologique d’un problème est celle qui a le plus de chances de fournir les outils adéquats pour trouver sa solution ».
L’Angleterre victorienne est alors dévoilée dans les aspects les plus glauques de son intimité. Nul meurtre, nulle torture cependant, mais une vénérienne galerie de personnages aux prises avec les paraphilies les plus diverses : exhibitionnisme, scatophilie, rétifisme (nom donné au fétichisme de la chaussure en référence à Restif de La Bretonne), hyperesthésie sexuelle, et même « une saphiste dans un corps d’homme »… S’appuyant sur une logique rigoureuse et une minutieuse observation de la psychologie et des mœurs humaines, la démarche de St Liver est toute scientifique, en parfaite adéquation avec les codes de la littérature policière. Chaque cas de déviation sexuelle renvoie à une plus vaste typologie que notre docteur se garde bien de juger, seules quelques réflexions sur la normalité indiquant que ces manifestations ne correspondent pas tout à fait au goût de la pudique Albion : « L’homme normal place l’acte sexuel au cœur de ses désirs. Mais pour d’autres, les symboles de cette relation basique se substituent à l’acte lui-même. »
Pour son héros, Gary Dexter s’est inspiré des pionniers de la sexologie (Moll, Hirschfeld, Bloch), en premier lieu desquels Havelock Ellis, doté d’une barbe aussi foisonnante que ses confrères allemands. À celle-ci, la « moustache châtain luxuriante » de St Liver constitue sans nul doute un hommage amusé – on pourrait aussi penser à une version démesurée de celle d’Hercule Poirot, mais cela nous entraînerait vers de trop basses interprétations. On comprend mieux encore le rapprochement avec Ellis, par ailleurs ondiniste, lorsque l’on sait que sa femme était une écrivaine militant pour le droit des femmes, tout comme Olive Salter, dans le roman, écrit sur les sentiments féminins, et en particulier érotiques.
Et plus encore qu’au couple Poirot-Hastings, nos deux personnages sont les exacts reflets sexologiques du célèbre duo Holmes-Watson. Olive finit par habiter chez St Liver ; ce dernier, de même que Sherlock, possède un frère qui lui ressemble presque parfaitement ; le récit se déroule dans la même société londonienne que côtoie le détective de Baker Street : on y rencontre lords, bourgeois, religieuses, notaires ainsi qu’un Oscar Wilde fort peu loquace. Plus généralement, ce sont les titres des chapitres et surtout les tics de narration (« Lorsque je parcours mes notes de la première moitié de 1895 (…) ») qui inscrivent ce roman dans la toujours vive descendance de Conan Doyle.

Guilhem Jambou

Le Souilleur de femmes d’Oxford
Gary Dexter
Traduit de l’anglais par Thierry Beauchamp,
Le Dilettante, 288 pages, 20

Sexuel, mon cher Watson !
Le Matricule des Anges n°137 , octobre 2012.
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