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A la fenêtre Histoire de H

novembre 2012 | Le Matricule des Anges n°138

Ici, les liquides coulent, avec lenteur et précision. De l’eau s’échappe des corps en construction des personnages. De la sueur, des larmes. Non, pas des personnages : on n’est pas au théâtre, on n’est pas personnage, on est une qualité d’état, qualité d’état avec un rythme, avec des contrastes, une vitesse, des disparitions & apparitions. La qualité d’état tu la vois, elle apparaît, tu la reçois, spectateur.
Les 3 que nous sommes mettons à l’écart Arantxa, la petite à la robe verte qui porte le mot inventé et sait comment faire avec la liberté (la joie). Himalaiajavakaputazidiburrina. Amaïa Henebutte-Millard a écrit le texte. Pantxika Telleria l’a mis en scène, en corps. Une enfant-fille tient le mot et virevolte. Les 3 que nous sommes lui en demandons raison. Qui es-tu toi qui tiens le mot qu’on ne comprend pas ? Bien sûr l’enfant-fille ne peut pas dire. On ne peut jamais. Bien sûr Arantxa à la petite robe verte traverse avec la chose incompréhensible qu’elle porte les 3 que nous sommes et qui la voulons réduire. Elle nous traverse, son inquiétante étrangeté nous appelle. Nous sommes Arantxa avec son mot sa robe verte sa voix très pure en haut : juste, nous avions oublié.
Le mot inventé, c’est une histoire de passage et une histoire de femme. Il y a ce moment, dans le spectacle, où Pantxika remue Arantxa, se mêle à elle, roule avec elle et se confond. Devant la Grande plage, à Biarritz, dans le café des mamies, Pantxika raconte la véritable histoire du mot himalaiajavakaputazidiburrina. La marée est basse, on dirait qu’on a joué un tour à l’automne et Pantxika parle, précise, lente, comme elle danse. Sur scène, que rien ne parasite le geste. Et les vides, ces vides chers à Pantxika, ces vides qui rendent forts, ici et là rompus par les qualités d’état que nous sommes, grouillent d’intensité. On se croirait chez Virgile, je me dis, quand Junon convainc les vents de crever les poches qui les tiennent – mais il n’y a pas de vent.
Himalaiajavakaputazidiburrina : le père d’Amaïa prononçait le mot jadis, vrai de vrai. Mot de passage entre femmes et prononcé par un père inventeur. Des langues de mère chuchotées par les pères. Pères mutiques et humiliés qui portent dans le secret la belle langue. Mais le mot inventé, mot du milieu et de passage, mot de filles et de père, ouvre à une autre histoire. Petite porte : on y entre par l’oreille et par l’œil. C’est l’histoire des filles et des garçons qui s’aiment, d’une et d’un qui s’aiment, c’est un tango.
Je te touche : ce sont les siècles qui te touchent, ceux qui sont passés et que toujours on cherche. Tango. À force, dit Pantxika, à force que les corps transpirent, tu vois leur tristesse transformée d’être portée, comme ça, au milieu. Leur tristesse ? Je veux dire le liquide de dedans, tout le liquide de dedans. Nous sommes 4 sur scène et les vides autour. Ainsi, Pantxika, de la fragilité tu fais une force. On gardera le mot secret. Secret aussi ce qu’il y a dans le corps. Que tous les liquides exsudent, exode des liquides des corps – et sans nommer s’il vous plaît. Qui es-tu ? De quoi souffres-tu ? Quel est ton mal ? Himalaiajavakaputazidiburrina. On est devenu(es) super fort(e)s, répandu(e)s. On ne dira, de nous, rien de plus.
Chez Ovide, la rumeur c’est fama, elle vit aux frontières du monde triple, entre terre, mer et plages du ciel. Chez elle il n’y a pas de porte, on y va on y vient, peuple léger. La rumeur mène l’enquête dans le monde entier. En basque, zurrumurru est la rumeur. Les 4, qui sont personnages comme on l’est dans la danse nous envoient le mot, nous le susurrent.

zu rru mu rru

Si on écoute bien, la rumeur basque commence par nommer son destinataire ; elle qui colporte récits, poèmes et mensonges, elle commence par zu : toi. Le pronom personnel. Toi, à toi que je m’adresse. Elle s’adresse à toi, la double histoire de H.

Car un poème qui ne sait pas à qui il parle
Ressemble à celui qui longe tête baissée
Dans une piscine vide1

Ce que te dit la rumeur ? Pantxika Telleria est chorégraphe. Sa compagnie, Elirale, est installée à Ascain. Amaïa Henebutte-Millard est auteur d’ouvrages pour la jeunesse. Elle a écrit cette histoire d’enfant qu’on veut attraper aux entrailles et on n’y arrivera pas. Ur Aplategi est écrivain. La première nouvelle de son recueil, Les Cuisses de la fiction2, s’appelle Beste bizitza, Une autre vie. Pantxika a attrapé le récit d’Amaïa, la nouvelle d’Ur, l’une et l’autre histoire. L’une, on l’entend sur la scène. L’autre, celle d’amour, on la voit.

1 Gabriel Ferrater, poème inachevé, traduction du catalan d’Antoine Viader.
2 Fikzionaren izterriak

Histoire de H
Le Matricule des Anges n°138 , novembre 2012.