La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Porte-Voix

janvier 2013 | Le Matricule des Anges n°139

Toute la sensualité de la Martinique transpire de la langue riche et précise qu’utilise Roland Pottier dans les vingt premières pages de ce qui aurait dû être un roman comme les autres. Le récit s’interrompt soudain pour laisser place à deux pages au graphisme hélicoïdal dont le sens est révélé par un extrait du journal de Marica, la femme de l’auteur : alors qu’il écrivait son premier roman, Roland Pottier a été victime d’un AVC et, en sortant du coma, il ne pouvait plus que bredouiller de lamentables « euh »… Atteint d’une aphasie de Broca, il avait perdu l’usage de son corps et surtout du langage oral et écrit. Comme en témoignent les quelques pages reproduisant des lignes d’écriture et des dessins qu’il parvint à tracer un an après son incident, Roland Pottier était retourné en enfance. L’enfant, en effet, est celui qui, selon l’étymologie, ne parle pas. Mais alors que l’enfant ne possède pas encore le langage, l’aphasique ne le possède plus et il se rend compte de son état : « À la fin de la deuxième année je ne parlais toujours pas… (…) j’errais sur l’aire de Broca comme un pauvre hère muet ». Pendant dix ans, l’auteur a lutté pour récupérer l’usage de ses membres et de la parole. De manière prophétique, Baudelaire qui mourut aphasique écrivait que le cerveau humain n’est rien d’autre qu’« un palimpseste immense et naturel ». Roland Pottier fait sienne cette formule et, de strate en strate, de découragements en enthousiasmes, nous permet d’assister à la reconquête de son autonomie.
Porte-voix ne se réduit pas à un simple témoignage, il s’agit aussi d’un roman, tantôt drôle (rencontre avec une orthophoniste aphone), tantôt tendrement ironique (l’auteur rivalise avec ses petits-enfants nés après son AVC dans l’acquisition du langage), tantôt émouvant (émission des premiers sons lui donnant l’impression d’être « un instrument de musique discordant ») écrit dans une langue réinventée qui a aussi le mérite de mettre en place une véritable réflexion sur le langage.

Éric Bonnargent

Porte-Voix
Roland Pottier
Éditions Presque Lune, 112 pages, 13,50

Le Matricule des Anges n°139 , janvier 2013.
LMDA papier n°139
6.50 €
LMDA PDF n°139
4.00 €