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Domaine étranger Banjo mortel

juillet 2013 | Le Matricule des Anges n°145 | par Lionel Destremau

Quand la nature humaine se heurte à la nature sauvage, l’animalité se réveille…

Lonnie se tenait là, banjo en main, nous évitant du regard de ses deux yeux cette fois, le premier d’un côté, le second de l’autre, et nous dans l’angle mort au milieu. » Vous souvenez-vous de cette scène du film de John Boorman, Délivrance ? Un gamin attardé au fin fond de la cambrousse américaine, plus ou moins albinos, les yeux de traviole, mais qui s’électrise soudain en jouant un air de country sur son banjo… Ce petit air, devenu ritournelle qui vous trotte dans la tête pendant tout le film, accompagnera la lecture du roman de James Dickey, réédité ici dans une nouvelle traduction. Et dans l’angle mort que Lonnie regarde, il y a le destin d’Ed, Bobby, Lewis et Drew, quatre hommes partis faire la descente en canoë de la rivière Cahulawassee, en Géorgie. Ce sont des trentenaires qui mènent une vie plutôt paisible à Atlanta et qui se retrouvent dans un coin reculé où la consanguinité a produit la dégénérescence des familles. Lewis est l’instigateur de cette virée, et sans nul doute le meneur initial du groupe, épris de nature sauvage et persuadé que l’avenir de l’homme est dans sa capacité de survie, laquelle lui permettra de s’adapter quand la société de consommation aura fini par tout détruire. Les trois autres suivent, avec plus ou moins de réticence, prêts à jouer le jeu de l’aventure en milieu hostile, mais le temps d’un week-end seulement… L’un a reussi dans les assurances, l’autre est un bon père de famille respecté et respectable, le troisième, Ed, aime sa routine de citadin mais, sans trop savoir pourquoi, ne peut s’empêcher de suivre Lewis dans toutes ses virées.
La première journée sur la rivière est surtout l’occasion de mettre chacun à l’épreuve de quelques rapides et de profiter d’un paysage grandiose qui va bientôt disparaître avec la construction d’un barrage géant en amont. La seconde journée sera bien moins douce. À l’occasion d’une pause, Ed et Bobby s’arrêtent un instant sur la terre ferme. Là, ils sont pris à partie par deux hommes surgis des bois, qui les menacent. Bobby subit les pires humiliations, puis se fait violer. Ed est le suivant, mais l’arrivée de Lewis change la donne, ce dernier tuant le violeur d’un jet de flèche, et son comparse prenant la fuite. À partir de cet instant la petite balade entre potes tourne au cauchemar.
Dickey n’est sans doute pas un grand styliste, mais il met son écriture fluide et directe au service d’une construction narrative dans laquelle on se laisse happer, pris par la tension qui monte progressivement tandis que les protagonistes descendent le cours d’eau. Un renversement des rôles s’effectue. Lewis, blessé, est mis sur la touche, et celui qui s’effaçait jusque-là, Ed, prend les choses en main pour tenter de sauver leur existence à tous. Se faisant, il démontre une faculté d’adaptation et des ressources assez incroyables (notamment dans l’interminable escalade d’un flanc de colline abrupte). Mais il ouvre aussi la voie à la part obscure, quasi animale, enfouie peut-être en chaque homme et qui se réveille dans certaines conditions, balayant la rectitude morale d’une civilisation au sein de laquelle Ed se croit si bien intégré…
Toute la région va être noyée sous les eaux quelques semaines plus tard. Et en écho, le livre se clôt sur des ouvriers en train de déterrer les cercueils du cimetière afin d’évacuer les tombes, alors qu’Ed, songeur, pense aux corps enterrés ou immergés de ceux qui ont perdu la vie dans cette histoire. La menace physique qui a plané sur toute la seconde partie du livre se transforme en une menace psychique. Ainsi, même si les choses finiront par retrouver un certain ordre, la peur (qu’un jour, peut-être, la vérité éclate ou qu’un cadavre ne remonte à la surface) ne cessera plus de le hanter…

Lionel Destremau

Délivrance
James Dickey
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Mailhos
Gallmeister, « Nature Writing », 284 pages, 23,10

Banjo mortel Par Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°145 , juillet 2013.
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