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Domaine français Mise aux poings

janvier 2014 | Le Matricule des Anges n°149

À gauche, Leonard, à droite, Hagler. La classe d’un côté, les vertus de l’autre. Frédéric Roux revient sur les dessous d’un combat de boxe mythique.

La Classe et les vertus

Les boxeurs sont parfois de grands enfants qui jouent à cache-cache. Voyez plutôt Marvin Marvelous Hagler et Ray ‘Sugar’ Leonard, deux sommités pugilistiques qui, des années durant, se sont épiés en dehors des rings, cherchés, jaugés pour, toujours, mieux s’esquiver. Seulement voilà : « Hagler et Leonard sont promis l’un à l’autre. Ils peuvent brouiller les cartes, un jour ou l’autre, il faudra que l’on sache quel est le meilleur d’entre eux deux ». Et ce jour arrive. Ils s’éviteront jusqu’à un certain soir d’avril 1987 où, enfin, ils se font face, dans l’arène surchauffée du Caesars Palace, à Vegas. C’est l’histoire de cette rivalité à distance et de ce combat tout à la fois désiré et redouté par les deux protagonistes et leurs supporters fanatiques, que nous raconte La Classe et les vertus. Frédéric Roux, son auteur, aime mettre des poings à la ligne comme en témoignent, parmi la quinzaine de livres qu’il a signés, les précédents Lève ton gauche !, Mike Tyson, un cauchemar américain, Ring ou encore, l’an dernier, Alias Ali. À travers ses livres, cet ancien boxeur amateur ne cesse d’explorer ce qui peut se passer dans la tête de ceux qui, tant bien que mal, évoluent entre les cordes. « Davantage que l’art et la littérature, c’est la boxe qui est l’objectif au travers duquel j’ai compris le peu que je sais de la vie et donc, aussi, de l’art et de la littérature », admet volontiers Frédéric Roux dans des pages qui font office de préface à ce récit.
Ce match Hagler-Leonard, au terme duquel le second chipera au premier sa ceinture de champion du monde des poids moyens dans une victoire discutable aux points, n’est peut-être pas ce qui intéresse le plus Roux. C’est bien plutôt de refaire le chemin qui y mène, de retracer les itinéraires de ces deux idoles, de survoler les épisodes marquants ou manqués de leurs carrières. Et lui a choisi son camp : il plaide résolument en faveur de Hagler, le mal-aimé vertueux, comparativement à un Leonard adulé de tous. Le récit penche de son côté, encore que Roux ne l’épargne pas toujours, loin s’en faut. Surtout quand il s’agit d’épingler sa passivité face aux promoteurs qui longtemps l’ont méprisé ou exploité. Frédéric Roux a semble-t-il à cœur de revisiter les évidences apparentes et d’éviter les généralités faciles sur le monde de la boxe. Évacués, les clichés. Au tapis. Explorant les multiples facettes des deux hommes, il s’attarde sur le contraste entre des êtres que tout ou presque oppose. Et d’abord au point de vue de la boxe elle-même, qu’une comparaison suffit à résumer : « Le bagnard ou la ballerine ». À Hagler revient le rôle du bourrin, à Leonard celui du virtuose. Au-delà de l’opposition de style, il y a aussi des façons d’être antithétiques. L’un, Leonard, prend tellement mieux la lumière que l’autre, Hagler, jamais vraiment à l’aise dans le rôle que l’on voudrait lui voir jouer. Trop à l’étroit dans son smoking, le sourire toujours trop crispé devant les caméras. Et Leonard qui au contraire rayonne, qui joue le jeu, qui fait le spectacle. Qui est le spectacle. C’est que la boxe idolâtre ces cash-machine (et le fait que tous les noms de marques citées s’inscrivent dans leur lettrage commercial est là pour le rappeler).
On l’aura compris, si Frédéric Roux a en ligne de mire l’affrontement sportif historique qui aura lieu entre ces deux icônes, il montre surtout combien, dans les années 80, l’histoire de la boxe est une construction narrative permanente qui carbure au rêve (l’argent, les villas, les femmes, la drogue, la gloire), un perpétuel jeu de rôles, une affaire de prestidigitation. Plus qu’un sport, la boxe est une scène de théâtre : « La boxe ressemble, parfois, à une pièce de boulevard ou à une famille incestueuse… tout le monde ne couche pas avec tout le monde, mais les portes claquent et tout le monde se bat avec tout le monde ».

Anthony Dufraisse

La classe et les vertus
Frédéric Roux
Fayard, 207 pages, 19

Mise aux poings
Le Matricule des Anges n°149 , janvier 2014.
LMDA PDF n°149
4.00 €