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Domaine étranger Au cœur des ténèbres

mai 2014 | Le Matricule des Anges n°153

Une épopée initiatique dans l’Amérique en guerre.

Le Voyage de Robey childs

États-Unis, 10 mai 1863. Hettie, la mère de Robey Childs qui, dit-on, a un don de voyance, convoque son fils unique de 14 ans pour lui annoncer qu’elle a ressenti la mort d’un certain Thomas Jackson. Dès lors, il doit partir à la recherche de son père, lequel s’est engagé dans l’armée. Elle ajoute qu’il lui faudra impérativement « le retrouver avant le mois de juillet ».
L’auteur, Robert Olmstead, ne dit rien de plus en incipit de ce roman qui va nous plonger en pleine guerre de Sécession. Sans doute parce qu’en nous laissant volontairement dans un certain flou historique, il ne situe ses personnages dans aucun des camps qui s’opposent, ne prenant pas partie et, surtout, plaçant le récit non dans une veine historique, mais dans celle d’un roman initiatique où l’on vit au cœur de l’histoire, où on subit la guerre de l’intérieur plus qu’on en explique les tenants et les aboutissements. Reste que Thomas « Stonewall » Jackson était un général confédéré, mort après avoir été blessé par erreur par ses propres troupes, qui avait permis au Sud de prendre le dessus sur les armées du Nord, et qui manqua cruellement à la confédération lors de la bataille de Gettysburg, perdue par le général Lee. Une bataille qui eut lieu justement, pour reprendre l’oracle de la mère de Robey, début juillet 1863, et qui fut parmi les plus terribles du conflit avec plus de 50 000 morts, signant un tournant dans la guerre de Sécession. C’est vers ce champ de bataille effroyable que le jeune Robey Childs va se diriger, en quête de ce père, duquel il ne se sentait séparé que « par une pensée, un mot, un geste – jamais plus. Il lui parlait à voix haute en son absence. (…) Il lui disait bonne nuit avant de s’endormir et bonjour quand il se réveillait. » De fait, Robey n’est encore qu’un adolescent, plus vraiment un enfant, pas tout à fait un homme. Si sa mère lui a confectionné une veste militaire spéciale, – bleue à l’extérieur, mais réversible avec une doublure marron-gris à l’intérieur, de quoi changer d’allure, et de camp, selon les circonstances auxquelles il sera confronté – il n’est pas préparé à ce voyage dans des territoires en proie à la folie meurtrière. Un voisin lui procure le compagnon qui va le soutenir dans son périple, un étalon à la robe couleur charbon, qui sera à la fois un atout merveilleux et un danger, puisque c’est « le genre de cheval pour lequel on peut se faire tuer »…
L’errance de Robey a un but, mais tout l’intérêt et l’attrait du roman est bien évidemment dans le parcours du jeune homme plus que dans la réalisation de sa mission. Et cette aventure a plusieurs entrées possibles.
C’est, certes, une vision de l’absurdité de la guerre, des horreurs insupportables qu’elle provoque, décrites avec précision et sans pathos, et un conflit spécifique, une guerre civile qui à la fois constitue l’histoire du peuple américain et hante sa mémoire, marquant sans doute une des premières grandes boucheries modernes, sorte d’intermédiaire entre les guerres napoléoniennes et 14-18. C’est aussi une sorte de conte onirique, servie par une écriture ayant une grande puissance d’évocation, où à la fatigue et aux dangers du voyage se mêlent de formidables instants de liberté, d’exaltation lumineuse de la vie, de perceptions exacerbées du monde naturel environnant, de liens avec l’animal, ce cheval hors du commun qui accompagne Robey. Ce sont enfin les multiples rencontres de hasard qui nourrissent le chemin du jeune protagoniste : francs-tireurs, civils jetés sur les routes, déserteurs, pillards qui violent et tuent sans raison… En eux, la lâcheté et le courage se disputent sans cesse, la part d’humanité de chacun semble se perdre dans les meurtrissures des corps et puis renaître, envers et contre tout. Auprès d’eux, l’adolescent va devoir se constituer une identité, mûrir dans le chaos, examiner sa propre cruauté et sa ténacité, et parvenir à conserver intacte sa capacité d’amour.

Lionel Destremau

Le Voyage de Robey Childs
Robert Olmstead
Traduit de l’anglais (États-Unis) par François Happe
Gallmeister, « Nature Writing », 234 p., 23,10

Au cœur des ténèbres
Le Matricule des Anges n°153 , mai 2014.
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