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Domaine étranger L’art de la guerre

juin 2015 | Le Matricule des Anges n°164

Premier roman de Hamish Clayton, Wulf dresse le portrait saisissant d’un grand chef maori. Entre mythe et réalité.

Dans les années 1830, L’Elizabeth, navire marchand britannique vogue le long des côtes néo-zélandaises afin d’échanger avec les populations indigènes des mousquets contre du lin. À son bord, chaque nuit une cabine reste éclairée. Des marins s’y réunissent pour écouter l’un d’entre eux, Cowell, qui a déjà eu de contacts avec les tribus locales et connaît leur langue. C’est un conteur fantastique qui leur parle d’un grand chef maori du nom de Te Rop’raha : « Il est le grand Loup d’une terre qui n’a jamais vu de loup (…). Il est l’orage et le vent du pays ». Wulf est un texte au souffle puissant, aux tonalités épiques reflétant des paysages grandioses.
Le récit s’inspire d’un fait historique. Un chef maori avait réussi à convaincre le capitaine de L’Elizabeth de transporter ses guerriers de Kopitee jusqu’à la péninsule de Banks. Ce qui ne semblait qu’un marchandage avantageux, « une cale pleine de lin pour quelques jours de balade » est en fait une ruse de Te Rop’raha qui manipule les Européens afin d’opérer une opération punitive sanglante contre un autre chef maori, les rendant complices d’un horrible massacre.
Wulf est écrit à la première personne. Le narrateur est sinon l’ami, du moins un marin très proche de Cowell. Il nous rapporte donc ce que raconte Cowell qui lui-même ne fait que traduire des histoires qu’il a entendues de ses interlocuteurs maoris. Les histoires se transmettent, évoluent, se multiplient, en des ramifications à l’image de l’exubérante végétation néo-zélandaise. « Les histoires grandissaient ici comme des arbres. Elles plongeaient leurs racines sous terre comme elles étendaient leurs feuilles et leurs branches au-dessus de nos têtes ». Clayton montre comment ces histoires imprègnent l’esprit des marins, les reliant à la terre de ces îles inconnues, comme si elles « prenaient pied » dans leur âme.
Si le personnage du Loup est incroyablement présent, il est surtout physiquement inaccessible et Clayton n’en offre jamais une image précise : « sa face restait sombre et insaisissable, assombrie par les paroles qui le décrivaient ». Le roman baigne dans une ambiguïté permanente qui empêche toute interprétation définitive du personnage du guerrier maori mais lui donne toute sa dimension mystérieuse et poétique.
Car Clayton, en cherchant à restituer la mentalité de marins anglais du XIXe siècle découvrant un monde inconnu, exprime l’intuition qui naît chez ces Européens que ce peuple et cette terre néo-zélandaise sont porteurs de messages qui les dépassent. De même qu’ils ne peuvent appréhender la réalité de Te Rop’raha, la terre des îles leur échappe totalement. D’où leur quête, la quête d’une rencontre avec ce grand Loup fuyant qui les fascine.
Qui est-il vraiment ? Est-il si différent de l’énigmatique loup de Wulf and Eadwacer, ce poème anglais du Xe siècle que Clayton a mis en exergue de son roman ? Poème qui se termine en un appel désespéré à partager « ce qui ne fut jamais assemblé, notre chanson commune ». Cet appel à une forme de communion par le chant résonne en écho tout au long du roman de Clayton.
Les marins anglais ressentent une attirance magnétique pour le grand Loup, « Nous étions un satellite capté par sa force, attirés à lui bien que nous tentions d’échapper à son influence ». Jusqu’au jour dramatique où la rencontre va se produire. Jamais le capitaine anglais ne se demande pourquoi le grand Loup lui demande d’utiliser son navire alors qu’il dispose d’une énorme flotte de canoës. L’équipage de L’Elizabeth n’est plus qu’un outil docile au service de desseins du grand Loup. Les îles inconnues ont pris possession des marins anglais, devenus otages du guerrier maori. « Car un loup doit porter aux forêts notre engeance misérable », dit un vers de Wulf and Eadwacer. Le récit prend alors toute sa dimension mythique se détachant de sa réalité historique.
Il devient difficile d’analyser les faits à partir d’une narration nourrie de fantasmes et de rêves de marins. L’imaginaire et l’ambiguïté habitent le Wulf de Clayton comme celui du vieux poème anglais. Des rêves, des visons semblables peuvent se révéler sous des formes variées. Des histoires peuvent bizarrement se répondre au-delà des siècles et des cultures, s’enchevêtrant mystérieusement. Cowell exprime certes une sensibilité presque naïve à toutes les formes que peuvent prendre les mythes. Mais si ce sont bien les étoiles du ciel du sud qui guident le vieux Loup, la parole du jeune conteur anglais qui relate ses marches à travers les montagnes, lui est également indispensable : « Nous étions deux faces de la même histoire, deux vers divergents tissés dans la même chanson ». Un livre envoûtant.

Yves Le Gall

Wulf
Hamish Clayton
Traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Marc Sigala
La Différence, 272 pages, 22

L’art de la guerre
Le Matricule des Anges n°164 , juin 2015.
LMDA PDF n°164
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