Si Karine Giebel s’est fait une belle place dans le registre du thriller, elle aime à varier les focales d’un roman à un autre. Après un road trip sanglant dans son précédent livre (Satan était un ange), De force nous plonge dans la veine du suspense psychologique, en jouant sur la manipulation dans un huis clos familial. L’intrigue est condensée autour de quelques personnages, analysés à l’extrême, tant dans les relations entre chacun d’eux que dans leurs dilemmes intérieurs.
Tout commence par une agression dans la rue. La jeune Maud Reynier est sauvée par un joggeur, mais ce n’est que le début d’un enchaînement d’événements. Messages menaçants, intrusions dans leur maison, Maud, mais aussi et surtout son père, Armand, semblent être la cible de quelqu’un. Qui en veut donc à cette famille qui paraît avoir tout pour être heureuse et pourquoi ? voilà qui pourrait être le centre du récit. Et pourtant, ce n’est pas tant la résolution de l’intrigue qui l’emporte que ce que Karine Giebel installe : une atmosphère pesante, une tension permanente entre les protagonistes ; entre Luc, le sauveur devenu garde du corps de Maud, et Armand le brillant chirurgien, lesquels ne cessent de s’opposer tout en semblant s’estimer ; entre Maud elle-même et son père, lesquels vivent dans une relation quasi fusionnelle ; et enfin, bien sûr, la présence d’un sadique mystérieux qui s’attaque à cette famille pour réaliser une vengeance implacable. Très peu de scènes de violence ici, on est dans un registre machiavélique où les parts d’ombre se dévoilent mais sont peut-être trop évidentes, où les profils lisses cachent parfois des petits secrets enfouis qui ne demandent qu’à éclater au grand jour, des souvenirs et des traumatismes qui vont sortir de l’oubli. Et de suspicions en hypothèses et autres chausse-trappes, le lecteur est baladé d’un bout à l’autre du roman sans parvenir à découvrir la vérité, avant un final mené tambour battant. Un style fluide, mis au service d’un roman efficace.
L. D.
DE FORCE
DE KARINE GIEBEL
Belfond noir, 524 pages, 19,50 e
Domaine français De force
avril 2016 | Le Matricule des Anges n°172
| par
Lionel Destremau
Un livre
Par
Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°172
, avril 2016.