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Domaine étranger Illusions perdues

juin 2016 | Le Matricule des Anges n°174 | par Blandine Rinkel

La conquête de la pureté a quelque chose d’effrayant et de risible, sous la plume de Franzen. Purity, un thriller familial virtuose, mais sans grand risque.

Purity alias Pip, jeune Américaine engagée, via la fréquentation d’une ONG de hackers en Bolivie, dans la recherche d’une vie désirable et, accessoirement, de son père inconnu, rêve d’être la franchise incarnée. Ce désir d’absolu, ce refus des petites hypocrisies courantes, la mènent malheureusement au pire – au grand mensonge. Et à travers un thriller d’expérimenter combien, au XXIe siècle comme jamais, la vertu est impraticable.
Des Corrections à Purity, l’écriture de Jonathan Franzen a changé : moins intime, plus efficace peut-être, plus cinématographique certainement. Elle conserve toutefois la force qui lui est propre : montrer comment les personnages pensent tout en tenant le lecteur en haleine. On lit Purity d’une traite, comme si l’on avait lancé devant nos yeux une haletante tragicomédie contemporaine où les personnages sont invariablement empêtrés dans des problèmes de famille et de confiance en soi en même temps que dans les thèmes sociétaux les plus sujets à polémique du moment (le féminisme, les communautés religieuses, les hackers, le réchauffement climatique, etc.). Une écriture de blockbuster pourvue d’une conscience polémique, donc.
Seulement, si dans ses romans précédents une certaine candeur demeurait (on voyait sans peine à quels personnages de son roman s’assimilait l’auteur, et ces personnages étaient justes et émouvants), celle-ci s’en est désormais allée, et l’ensemble est désormais plus incisif, critique voire satirique envers la modernité — le Huffington Post n’a pas hésité à comparer le ton du nouveau roman à celui de Houellebecq dans Soumission. C’est qu’à l’instar de Michel, Jonathan se fait le miroir déformant des médias, mettant en scène les « grandes questions de notre temps », en exposant les différents axes idéologiques à travers divers personnages, et en prouvant, via les problèmes de vie rencontrés de ces derniers, les contradictions internes. 
Prenons l’exemple du féminisme, toile de fond du livre : chacun des personnages féminins en incarne un aspect ; il y a Anabel la militante radicale, artiste qui refuse en même temps que l’autorité des hommes, tous les autres symboles du pouvoir phallique (la politique, la viande, l’argent…) ; il y a Pip l’agressive qui, assumant ses atouts érotiques médiocres, mise son rapport aux autres sur une franchise s’apparentant à une certaine forme de rentre-dedans ; il y a encore Leia l’hyperactive, dont le métier de journaliste couplé à l’emploi bénévole d’infirmière pour un vieil amant dépressif l’empêche de réaliser son rêve profond : avoir un enfant. Toutes à leur façon sont radicales, et la radicalité de chacune se laisser appréhender sans trop d’inconfort, comme on le fait de légères caricatures.
Ce qui, cette transformation (ou cette confirmation) de Jonathan Franzen en satiriste à suspense, sera certainement une bonne nouvelle pour ceux qui attendent de la littérature des récits haletants jouant avec le monde d’aujourd’hui, mais décevra en revanche ceux qui n’ont pas encore renoncé à ce qu’on leur raconte une histoire ou une vision à laquelle on croit, ceux pour qui l’enjeu le plus fort de la littérature est de donner à voir les choses autrement, de proposer une couleur perceptive inédite, couleur absente du roman de Franzen, qui corrobore les teintes grisâtres de l’esprit du temps sans s’en démarquer.
De la quête de pureté menée par les féministes, les cybernautes ou les religieux, Franzen fait en somme une blague tragique, un gag triste qu’il étudie et peint, mais à laquelle il ne semble pas lui-même donner de crédit, si bien que le roman, tout en jouissant d’une grande clarté souffre d’un manque d’authenticité et, sinon de pureté, du moins du minimum d’innocence nécessaire pour qu’un livre intimement résonne.
Blandine Rinkel
Purity De Jonathan Franzen
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Olivier
Deparis, L’Olivier, 752 pages, 24,50

Illusions perdues Par Blandine Rinkel
Le Matricule des Anges n°174 , juin 2016.
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