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Domaine étranger Postmodernes émois

février 2017 | Le Matricule des Anges n°180 | par Dominique Aussenac

Par un essai et la réédition de son premier roman, Javier Cercas nous initie à son art d’écrire.

Certains auteurs ne font qu’écrire. Éperdument. D’autres écrivent, critiquent, traduisent. Un petit nombre écrit, critique, traduit et théorise. Javier Cercas est de ceux-là. Né en 1962 en Estrémadure, il suit son paternel, vétérinaire de campagne à Gérone en Catalogne. Il étudiera chez les Pères maristes, d’où une apparence assez austère et une vraie fausse humilité. Éprouvera à 15 ans une fascination pour Borges. Deviendra en 1985, docteur en philologie. Il intégrera ensuite la faculté de Gérone en tant que professeur de littérature. Entre-temps il aura publié Le Mobile, un très court roman, mise en abyme caustique de l’acte d’écrire. Il y dévoile les questionnements qui hanteront ses futurs romans mâtinés de fictions, d’éléments autobiographiques, documentaires et ses essais : qu’est-ce qu’un roman ? Qu’est ce qu’un écrivain ? Quelle est sa place ?
Un jeune juriste, Alvaro, veut devenir un romancier de la stature d’un Flaubert. « Malgré tous les revers du siècle, il fallait continuer à croire au roman. Certains l’avaient déjà compris. Aucun instrument ne pouvait capter avec une telle précision et une telle richesse de nuances la complexité infinie du réel.  » Apprenti démiurge, il tire les ficelles, écrit en même temps qu’il met en scène les destinées de ses voisins d’immeuble. Ainsi, mène-t-il un jeune couple désargenté à trucider un vieux locataire taciturne. Quelle est la part de responsabilité de l’écrivain ? Comment se confronter au réel ? Comment écrire un roman postmoderne ? Le Point aveugle, essai composé de cinq conférences données lors de l’été 2014 à Oxford, répond à ces questions, en définissant une théorie du roman : « Écrire un roman consiste à plonger dans une énigme pour la rendre insoluble, non pour la déchiffrer (…). Cette énigme, c’est le point aveugle, et le meilleur que ces romans ont à dire, ils le disent à travers elle : à travers ce silence pléthorique de sens, cette cécité visionnaire, cette obscurité radiante, cette ambiguïté sans solution. Ce point aveugle, c’est ce que nous sommes.  » Écrire, c’est donc privilégier la complexité du réel et de la fiction, au détriment d’idées toutes faites. Vive Cervantès, inventeur du roman moderne, Kafka, Borges et autres Vargas Llosa, Kundera, Foster Wallace ! L’écrivain doit investir tous les champs sociaux, littéraires, artistiques, au-delà du bien et du mal, ne négliger aucune forme. Exit Sartre et son idéalisme politique.
Cercas analyse, en parallèle, ses romans et ses essais. « Le roman n’est pas un genre responsif mais interrogatif…  » Les Soldats de Salamine (Actes Sud, 2002) qui l’a fait connaître, évoque la recherche du soldat républicain qui épargna l’idéologue de la Phalange, l’écrivain franquiste Rafael Sanchez Mazas, lors de la guerre civile. Quête vaine ! Remplacée par la question du pourquoi ? Qui peut en générer des centaines. Ambiguës, révélatrices, aphones ? Les ailes du postmoderne Roberto Bolaño survolent l’ouvrage. En 2010, Anatomie d’un roman s’interrogeait sur la place de l’historien et celle du romancier en décrivant la tentative de coup d’État du 23 février 1981. Cercas s’attarde sur les trois députés, aux parcours politiques antagonistes qui restèrent debout dans l’Assemblée, au cœur de la mitraille. « Peut-être aussi un livre dans lequel, idéalement, la vérité historique illumine la vérité littéraire, la vérité littéraire illumine la vérité historique et le résultat en serait une troisième vérité qui les départage et, d’une certaine façon, les englobe.  » Écrire et théoriser font de Javier Cervas, une sorte de dieu aveugle ou hyper-lucide, un écrivain droit dans les bottes de ses incertitudes, dont nous attendons avec un impatient enthousiasme le grand œuvre…

Dominique Aussenac

Le Point aveugle, de Javier Cercas
224 pages, 18,80
Le Mobile, 94 pages, 13,80
Traduits de l’espagnol par Élisabeth Beyer et Aleksandar Grujicic, Actes Sud

Postmodernes émois Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°180 , février 2017.
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