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Théâtre Massacre à la japonaise

février 2017 | Le Matricule des Anges n°180 | par Patrick Gay Bellile

Entre Pieds Nickelés et film d’horreur, une pièce qui décoiffe, de l’inventif Hideki Noda.

Hideki Noda a écrit L’Abeille à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Pour s’emparer du thème de la vengeance, des représailles, de la violence, pour dire une fois encore combien l’être humain est capable des pires horreurs, comment de la position de victime il passe facilement à celle de bourreau, comment la compassion s’exerce plus ou moins suivant le degré de proximité que nous avons avec les protagonistes ou avec l’événement. « Nous autres, êtres humains, sommes gentils et tolérants avec nous-mêmes et avec nos proches. Mais nous ne sommes pas toujours aimables avec ceux qui sont plus éloignés de nous. Par exemple, quand il y a un attentat, nos réactions et le degré de notre intérêt diffèrent selon que l’événement nous concerne ou pas : certaines des victimes sont-elles de la même origine que nous ? Combien y a-t-il eu de victimes ? Et quand nous connaissions une des victimes, notre intérêt peut se transformer en haine », dit-il dans une interview donnée en 2013 au journal La Terrasse.
L’histoire de L’Abeille est assez simple. Goro Ogoro, un dangereux meurtrier, s’est échappé de prison et a trouvé refuge dans la maison d’Ido, prenant en otage sa femme et son fils le jour de l’anniversaire du petit. Il ne demande qu’à voir sa propre femme, qui l’a quitté, et son enfant dont c’est également l’anniversaire. Les pères ont d’ailleurs acheté chacun le même cadeau pour l’occasion : une calculette. Ce qui déjà les rapproche. Ido est très fier de son achat : « C’est une machine qui peut faire n’importe quel calcul à votre place, il suffit d’appuyer sur un bouton.  » Ido tente de convaincre la femme d’Ogoro de revoir son mari, mais devant son refus, il la prend à son tour en otage, ainsi que son fils, et l’escalade va pouvoir commencer. D’ultimatum en ultimatum, chacun veut montrer qu’il est capable d’aller jusqu’au bout, jusqu’à la mort, jusqu’à l’absurde, aucun des deux ne voulant céder.
Le propos est sérieux, philosophique même, et s’attache au côté obscur de l’être humain. Mais la forme adoptée par l’auteur vient pulvériser ce propos théorique. Une forme totalement déjantée, qui joue et se joue des codes et des styles, alternant des scènes de cinéma muet et des moments trash et violents dans lesquels l’hémoglobine coule à flots. Le récit bascule constamment et à toute vitesse d’un genre à l’autre, l’otage faisant soudain coquettement visiter sa maison à Ido, ou se mettant en cuisine parce que Le Roi des Cordons Bleus vient d’apparaître à la télévision. Nous passons de Louis de Funès à Tarentino, le rythme est échevelé, l’humour permanent, noir de préférence. Les scènes s’enchaînent : un journaliste est retrouvé coincé dans la lucarne des toilettes, Ido abat un policier d’un coup de batte de base-ball. Bien sûr, Ido violera la femme d’Ogoro, puis assurera une relation sexuelle régulière avec elle, tirant un coup de révolver à chaque éjaculation. La vie s’installe, le couple fonctionne, un rituel se met en place, rythmé par les doigts coupés que s’envoient les protagonistes pour prouver leur détermination. Pour finir, Ido ne sait plus où il en est : « Je ne savais plus si cette femme, là, devant moi, était la femme d’Ogoro ou la mienne.  »
La pièce comporte quatorze personnages interprétés, c’est l’auteur qui le précise, par quatre comédiens. Les personnages se succèdent rapidement, se remplacent, tous plus outrés les uns que les autres : les journalistes en mal de scoop sont plus paparazzi que nature, les policiers sont impuissants à enrayer la montée de la violence, le redoutable meurtrier est bègue et les femmes passent de la cuisine au lit. (C’est pour cela qu’elles ont des jambes, nous explique l’un des policiers). C’est d’ailleurs l’une des constantes du théâtre de Hideki Noda, lui-même comédien, que ces interprétations multiples. Il est peu connu en France, mais est au Japon l’une des grandes figures du théâtre contemporain. Lauréat de plusieurs grandes récompenses théâtrales, il est l’auteur d’une soixantaine de pièces. Mais au fait, pourquoi L’Abeille ? Eh bien notre héros ne supporte pas les abeilles et danse bruyamment lorsqu’il parvient à en éliminer une… Un texte jubilatoire.

Patrick Gay-Bellile

L’Abeille, de Hideki Noda
Traduit du japonais par Corinne Atlan,
Éditions Espace 34, 64 pages, 13

Massacre à la japonaise Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°180 , février 2017.
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