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Domaine français Mise à nu

février 2017 | Le Matricule des Anges n°180 | par Richard Blin

Aventure tactile, exploration sensorielle, le premier livre de Dominique Rameau (né en 1947) est une ode à la beauté intempestive du monde.

Pour mieux lui faire accepter la semaine de vacances forcée qu’elle lui impose, la notaire qui l’emploie a prêté à Sybille une maison qu’elle possède dans un hameau perdu du Morvan. Un peu désemparée au début, Sybille la citadine, va très vite s’ouvrir à l’altérité, au réel le plus simple, s’enfoncer dans la matière des choses, découvrir la séduction de l’exploration et les vibrations de l’attirance. Intrépide, dynamique – « Sybille est chair, une chair tendre, dure, toute en nerf » – elle se voue à la réalité de cet inconnu comme aux hasards de l’instant et des circonstances, et ce avec un allant qui impose son rythme à tout le livre.
Multipliant les sorties le jour, la nuit, elle se montre de plus en plus réceptive au chiffre du lieu, à ses rares habitants, à sa configuration topographique, à ses prairies sauvages, à ses fleurs, ses oiseaux, ses cours d’eau, ses rochers. Une nature où elle aime à se perdre pour mieux la comprendre, et des lieux qui deviennent un territoire émotionnel que Sybille appréhende sur le mode de la résonance. « On se croit à la campagne, et on se rend compte qu’on est quelque part dans l’espace. » Un espace parcouru de présences, d’hasardeuses harmonies, de tissages divers et insoupçonnés.
Aux confins des sens et de l’esprit, et au cœur de l’intimité végétale, c’est avec la sève amoureuse du monde qu’elle entre en contact. Sous l’égide des forces rassemblées de l’eau, du soleil et des bois, elle s’offre à l’inconnu angoissant autant que tentateur. « Il lui semble qu’elle traîne un très vieux désir. Nous ne sommes pas au monde. Voilà. Elle a peur, alors elle ôte ses vêtements ; du coup elle a encore peur mais autrement. Peur d’être découverte, oui. Mais peur aussi d’inviter assez le monde pour qu’il se révèle et la laisse entrer. » Se défaisant régulièrement de ses vêtements, allant nue, elle est comme rendue à une sorte d’innocence native, elle retrouve une sorte d’intimité perdue avec les rythmes du monde naturel, la nuit, la lune, l’aube. « Sybille règne – ou c’est son corps, ou bien la nudité de son corps, qui règne. » Fleur de la nuit éclose à la pâle clarté de la lune, elle suit la courbe tendue d’une attente qui se suffit à elle-même, relève d’un désir dont la tension inapaisée fait vibrer le mouvement même de l’écriture. On a le sentiment que derrière le bonheur sensuel de ses longues errances à la recherche d’on ne sait quel éblouissement, ou quel mystérieux espace où se renoueraient des liens entre visible et invisible, c’est dans son propre esprit que Sybille semble avoir besoin de s’enfoncer, dans ses propres ténèbres, ou dans le temps des origines quand la mythologie irriguait encore le quotidien. Comme si elle voulait rétablir une unité perdue entre le monde et ses rêves, tel celui où elle voyage dans le temps, où elle est « Ibatu, sibylle dessinée avec un corps parfait d’adolescente et des habits qui laissent découverts ses plus beaux morceaux. »
Dans l’Antiquité, la sibylle prédisait l’avenir, mais la Sybille de notre roman aime surtout être seule, se livrer corps et âme aux méandres et aux sortilèges de l’esprit du lieu où elle se trouve. Et si elle va nue comme les bêtes – « Vous voyez, je suis comme vous, je suis nue. » – c’est pour rejoindre l’être singulier qu’elle est, devenir le sanglier du titre – un mot qui vient du latin singularis (« qui vit seul ») et qui, outre « sanglier », a également donné singulier. Un roman donc, dont la charge d’émotion sensuelle et de trouble exquis sur fond de présence filigranée de l’Énigme qu’est toujours un peu la réalité du monde sensible, en fait un livre initiatique – ou une invite à retrouver l’innocence de vivre.

Richard Blin

Sanglier, de Dominique Rameau
José Corti, 126 pages, 14

Mise à nu Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°180 , février 2017.
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