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Théâtre Abattre les murs

septembre 2017 | Le Matricule des Anges n°186 | par Patrick Gay Bellile

Quand Billy the Kid chante pour les déclassés, les exclus, poussés par le « désir d’être l’enfer ».

Mettray, en Indre-et-Loire, à quelques encablures de Tours. En 1839, un centre de détention pour mineurs est installé dans cette petite ville. Avec, au départ, des intentions louables : séparer les enfants des adultes, rééduquer les jeunes délinquants, préparer leur réinsertion. Mais le lieu acquiert rapidement la sinistre réputation d’être un bagne. Le premier bagne pour enfants de France. Jean Genet a vécu là-bas des années qui ont « heurté sa sensibilité », comme il le dit lui-même : « Chaque paysan touchant une prime de cinquante francs par colon évadé qu’il ramenait, c’est une véritable chasse à l’enfant, avec fourches, fusils et chiens qui se livrait jour et nuit dans la campagne de Mettray ». Michel Verne y a passé six mois à la demande de son père, le célèbre Jules, en raison de son caractère rebelle. Et c’est au sein de cette colonie que Zo Brinviyer situe l’action de sa pièce.
1900 : quatre gosses se retrouvent là, incarcérés pour des raisons diverses (meurtre, vol, viol). Jean, lui, c’est à la demande de ses parents adoptifs. Quatre gamins et un adulte : le Chien. Baptisé ainsi par les pensionnaires. Il est tout à la fois le gardien, l’éducateur, le tortionnaire, il veut remettre chacun dans le droit chemin. Quel que soit le prix à payer. Il menace, manipule, observe, joue des rivalités et des faiblesses de chacun. Il distribue les bons et les mauvais points, les faveurs et les bons de sortie en échange de services sexuels. Ce petit monde survit, tente de tisser des liens, se raconte des histoires, se repaît des comptes-rendus de faits divers sordides et se réfugie dans le rêve. Rêves de liberté, d’évasions, de violence, de meurtres, rêves de vengeance, de destruction d’un monde qui n’a pas voulu d’eux, envie de faire mal à ceux qui les ont rejetés, « désir d’être l’enfer », mais aussi d’être pardonnés. Ils n’ont pas eu de parents, ou des parents qui n’en étaient pas. Dès le début, ils ont compris qu’ils étaient en trop, surnuméraires, pas à leur place. Et le Chien n’échappe pas à la règle : tellement méprisé par son père depuis que sa mère est morte en le mettant au monde.
Et puis, sur la place du village, à l’occasion d’une tournée européenne, s’est installé le célèbre cirque de Buffalo Bill, le Wild West Show. Avec ses cow-boys, ses Indiens, ses décors de carton-pâte et en vedette, Calamity Jane, elle-même. Une Calamity sur le retour, alcoolique, tentant encore de séduire les hommes par tous les moyens mais déchue et terrorisée avant tout par l’idée d’être renvoyée de la troupe. Calamity Jane, qui n’en finit plus de mourir d’amour pour Billy the Kid, le légendaire bandit mort à 21 ans après avoir paraît-il tué 21 personnes et dont les faits et gestes, jusqu’à sa date de naissance, restent obscurs. Billy the Kid, à qui personne n’a pu passer une laisse et qui est mort le colt à la main. Le rêve de Calamity ? Être enterrée à côté de son héros. Mais là encore la place est prise, promise à l’épouse légitime. Calamity Jane, Billy the Kid, la conquête de l’Ouest, les grands espaces, voilà de quoi donner corps aux rêves de liberté de nos jeunes prisonniers. Car c’est bien tout ce qui leur reste. Des personnages de légendes, une fascination pour les armes, les pépites d’or trouvées à profusion dans les rivières américaines, et puis les femmes. Car ce milieu d’hommes fantasme aussi sur les femmes. Il y a de la colère dans ce texte parce qu’une société qui prend si peu soin de ces enfants sème la haine pour les années qui viennent.
L’écriture est à la hauteur de l’enjeu : directe, rapide, parce qu’il n’y a pas de temps à perdre. La jeune dramaturgie espagnole, dont fait partie l’auteure, attaque de front un monde qui va mal. Quinze petites scènes pour nous convaincre que si les chansons de Billy the Kid mettent du baume au cœur, il faut ensuite passer à l’acte. Quitter le vieux monde avec l’enthousiasme de la jeunesse. D’aucuns mourront en cours de route mais Jean va suivre les conseils de Calamity et s’éloigner de Mettray. « Pars loin des rois, des pères, des surveillants, des juges. Pars loin des puissants. Ose vivre avec ton cœur à la frontière. Ne les laisse pas te bousiller, ces fils de pute. T’as besoin de rien ni personne, t’as besoin ni de redressement, ni de correction. » Énergique.

Patrick Gay-Bellile

Désir d’être l’enfer, de Zo Brinviyer
Traduit de l’espagnol par Christilla Vasserot, Les Solitaires intempestifs, 96 p., 13

Abattre les murs Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°186 , septembre 2017.
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