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Poésie Ovide rajeuni

novembre 2017 | Le Matricule des Anges n°188 | par Thierry Guinhut

Marie Cosnay, survoltée, propose une nouvelle métamorphose des Métamorphoses.

Les Métamorphoses

Vous en rêviez : tous les mythes gréco-romains narrés en un volume affriolant. C’est chose faite avec Ovide et ses Métamorphoses. Voici, en 12000 vers et 246 fables, la plus abondante compilation mythologique et poétique de l’Antiquité. De la création du monde à la mort de Jules César, dont l’âme est changée en étoile par Vénus, c’est un bouillonnement de métamorphoses, sous l’impulsion des dieux. Depuis la naissance de l’imprimerie au XVe siècle, on connaît des centaines d’éditions, des dizaines de traductions. Quel besoin de consacrer dix ans de sa vie à fondre un nouvel ouvrage, sinon le rendre plus intelligible et attrayant à nos contemporains ?
La traduction la plus utilisée est celle de Joseph Chamonard (1966), précise, nourrie de notes utiles, mais en prose. Georges Lafaye (1925) est un talentueux prosateur, dans le coffret des éditions Diane de Selliers, somptueusement illustré par la peinture baroque. Marie Cosnay ambitionne de relever le défi de la modernité d’Ovide, comme un roman d’aventures aux péripéties nombreuses.
Car la métempsychose est universelle : les pierres de Deucalion deviennent des hommes ; poursuivie par l’amour d’Apollon, Daphné est changée en laurier, d’où la couronne du poète ; Actéon épiant Diane nue devient cerf dévoré par les chiens ; Myrrha, prise d’amour coupable (« Le père reçoit dans son lit obscène ses propres entrailles ») devient tronc : « Déjà l’arbre en grandissant a resserré son ventre lourd » et ses larmes de myrrhe coulent…
Toutes ces fureurs et merveilles, outre leur qualité fabuleuse, ont une dimension psychologique, symbolique et morale, comme lorsque le flûtiste Marsyas, voulant défier le chant d’Apollon, se vit écorcher vif : l’hubris, cet orgueil démesuré, ne peut être que châtié.
Les écueils de la traduction sont nombreux. Songeons à la création du monde, si proche de la Genèse biblique, qui a aussi son déluge. Le texte latin dit : « Hanc Deus, et melior litem Natura diremit. » Ce « et » est-il et, est-il ou ? Marie Cosnay choisit la prudence : « Un dieu et une bonne nature ont mis fin à cette lutte ». Quand Lafaye propose « Un dieu ou la nature la meilleure », il choisit de laisser planer les prémisses de l’athéisme. Un chrétien fut tenté de dire seulement « Dieu ». Plus bavard, Desaintange, au XVIIIe siècle, en fit des alexandrins superbes : « Un dieu, de l’univers architecte suprême, / Ou la nature enfin se corrigeant soi-même, / Sépara dans les flancs du ténébreux chaos… » Il est loisible d’avoir de la nostalgie pour cette belle infidèle. Marie Cosnay interprète les hexamètres latins en vers libres. Libres au point que la nymphe traite de « salaud » ce Salmacis qui veut échapper à son désir, que Junon jette un « fils de putain ».
Quelques notes, un glossaire, mais sans index, ni sommaire par mythe, tous choix dommageables, mais on a préféré ne pas alourdir un volume ambitieux et non bilingue. Reste à retrouver la poésie perdue depuis le rythme et la musicalité du latin. Surtout s’il s’agit d’Orphée, archétype des poètes, charmant animaux et dieux, jusqu’aux Enfers. « Il gratte les cordes pour le chant », a-t-il un chat dans la gorge ? C’est pour le moins maladroit. Heureusement : « On raconte que pour la première fois, vaincues par le poème, / les Euménides mouillent leurs joues ». Eurydice hélas retourne parmi les ombres, car « Ici, de peur qu’elle lui manque, impatient de la voir / L’amant tourne les yeux, aussitôt elle glisse en arrière ». Voilà qui est plus suggestif et poignant… Ainsi, avec Marie Cosnay, les émotions sont rendues plus vives : « ton corps pris d’un froid glacial s’épouvante » ; le suspens, la passion et le tragique s’exacerbent. « Voici la langue qui offre à l’air frappé ces sons », c’est l’histoire de Biblis et le programme d’une traductrice survoltée.
Source d’inspiration infinie pour les peintres, sculpteurs, opéras, réécritures de jeux vidéo, Ovide n’a pas fini de nous subjuguer.
Thierry Guinhut

Les Métamorphoses, d’Ovide
Traduit du latin par Marie Cosnay,
L’Ogre, 528 pages, 25

Ovide rajeuni Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°188 , novembre 2017.
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