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Domaine étranger Le démon dans la peau

mars 2018 | Le Matricule des Anges n°191 | par Lionel Destremau

Ou comment Jake Hinkson, avec Sans lendemain, revisite les classiques du film et du roman noirs.

Il n’est pas toujours aisé de reprendre des codes littéraires et situations de genre sans tomber dans le sentiment, pour le lecteur, de déjà-vu. Jake Hinkson parvient pourtant à relever ce défi dans son troisième roman et à nous embarquer au fil d’un récit empreint d’une certaine tradition et non sans mettre le doigt sur des sujets toujours d’actualité.
Pour la partie tradition, la mise en scène situant l’action dans les années 50, autour de Billie Dixon, jeune femme qui travaille pour un producteur bas de gamme et tente de placer des films de série B dans des cinémas de seconde zone trop chiches pour se payer les grandes productions d’Hollywood. Fournir des navets à des péquenauds n’a déjà rien de très reluisant, mais quand il faut le faire dans l’Arkansas – que l’auteur n’a de cesse d’ausculter depuis son premier roman, L’Enfer de Christ Church –, cela relève de la sinécure. Cet État entre le Missouri et la Louisiane, c’est là que « le Midwest s’arrête et que le Sud commence, et elle est pas jolie, la transition », et l’on prévient d’ailleurs Billie : « Vous devriez éviter l’Arkansas. Une fille dans ce coin-là, vous pourriez avoir des ennuis. » Hinkson en vient ainsi à un sujet qui n’est pas sans éveiller des échos très actuels, celui de la place de la femme dans ces régions reculées des États-Unis. Et pour Billie, abandonnée par mère et père, cheveux courts et pantalons fièrement portés, rêvant d’être une femme libre et libérée, et de surcroît homosexuelle, ce qui est alors considéré comme un délit, l’affaire va très vie se corser. D’autant plus lorsqu’elle débarque à Stock’s Settlement, patelin qui vit sous la férule d’Obadiah Henshaw, un pasteur intégriste et paranoïque qui sent l’œuvre du Mal partout, et particulièrement dans le cinéma pervertissant les âmes pures… Parti en se fantasmant héros patriote, il est revenu de la guerre après avoir perdu la vue dans le Pacifique, et s’est réfugié dans une interprétation intégriste de la Bible, pour devenir un de ces fous de Dieu dont le fanatisme assumé fait de nombreux adeptes. Billie pourrait alors passer son chemin. Mais voilà, le pasteur est marié à Amberly, femme sublime qui vit dans l’ombre et la tyrannie conjugale que lui impose Henshaw. Billie éprouve pour elle une pulsion immédiate, un désir puissant qu’elle ne parvient pas à raisonner, d’autant qu’Amberly paraît pour le moins troublée elle aussi. Elle n’est pas qu’une prise de plus dans la vie sexuelle de Billie qui, jusque-là, ne s’embarrassait pas beaucoup de sentiments. Elle représente une sorte de fruit défendu, un défi à la mesure de son rêve d’émancipation, quand pour Amberly, Billie est l’espoir d’une échappée hors de la vie austère et terne dans laquelle le pasteur l’enferme. Or toute la communauté de la ville est régie par des valeurs morales puritaines qui confèrent aux hommes un pouvoir absolu. Nul doute que cette relation sacrilège, si elle voit le jour, mettra le feu aux poudres. Billie va renverser la table, non sans commettre des actes qui vont sceller son destin.
Aux deux faces de la pièce composée par Billie et Amberly, s’ajoute une figure particulière, celle de Lucy Harrington, sœur et secrétaire du shérif local, Eustace. Si l’homme est un colosse imposant, il se révèle être le pantin de sa sœur, lui obéissant aveuglément. Ici les hommes suivent un chemin tracé, se raccrochent aux branches d’une morale archaïque pour préserver des certitudes sans lesquelles ils seraient démunis face au monde, quand les femmes se révèlent plus malignes et plus fortes, quand bien même cela risque de se retourner contre elles…
Fable satirique autant que roman noir taillé au cordeau, la réussite de Sans lendemain ne tient pas seulement dans cette atmosphère poisseuse d’un bon roman hard boiled à la Jim Thompson, mais aussi et surtout dans ces personnages féminins hauts en couleur. Lionel Destremau

Sans lendemain, de Jake Hinson
Traduit de l’américain par Sophie
Aslanides, Gallmeister, 224 p., 19,90

Le démon dans la peau Par Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°191 , mars 2018.
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