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Théâtre Pièce au vitriol

septembre 2018 | Le Matricule des Anges n°196 | par Patrick Gay Bellile

Cent ans après sa mort, Oskar Panizza secoue toujours le cocotier, pouvoir de l’Eglise compris.

Le Concile d’amour

Le Concile d’amour fait partie de ces textes sulfureux, immédiatement censurés dès leur sortie, puis régulièrement interdits, dont tout le monde a entendu parler, dont tout le monde reconnaît la qualité, l’originalité et la charge explosive et qui ressurgissent régulièrement. Des textes qui ont mis du temps à nous parvenir. Celui-ci a été pour la première fois édité en France en 1964 par Jean-Jacques Pauvert, soixante-dix ans après sa publication en Suisse, l’auteur espérant ainsi naïvement échapper à la censure allemande. Oskar Panizza : un drôle de paroissien. À cheval sur les XIXe et XXe siècles. Originaire de Bavière, élevé entre catholicisme et protestantisme, entre débauche et bigoterie, dans une famille marquée par les suicides et la folie. Et qui déclara : « Je reconnais que je suis athée », histoire de ne pas faire les choses à moitié. Il passe dès son enfance une vie partagée entre la prison, l’exil, la maladie pour finir fou dans un asile d’aliénés à Bayreuth. Toute son œuvre est une attaque en règle contre la société, la religion, l’ordre établi, les dogmes et les vérités acquises.
Le Concile d’amour, « tragédie céleste en 5 tableaux », est son texte majeur, son apothéose, tant s’y révèle l’esprit dévastateur de l’auteur, mais aussi son sens de la bouffonnerie, de la provocation et de l’outrance. Il faut dire que le bonhomme n’y va pas avec le dos de la cuillère. L’histoire peut se résumer ainsi : Dieu, averti de la lubricité et des comportements immoraux des hommes décide de les punir. Il convoque un Concile. Le diable est présent et se voit confier la mission d’imaginer un châtiment qui laissera à la victime la possibilité d’une rédemption. Ce sera la vérole, inoculée à une créature, « La Femme », dont il sera le père et dont la mère idéale sera l’une des grandes séductrices de l’histoire, « une certaine Salomé, la belle coupeuse de têtes ». Pour punir les hommes et les femmes par là ils ont péché. Point final. Et la pièce se déroule en 1495, année de la première apparition attestée d’un cas de syphilis.
Si le propos est démesuré, la mise en œuvre l’est aussi : des décors pharaoniques, une distribution pléthorique, 46 personnages principaux, des centaines de figurants, Oscar Panizza invente déjà le cinéma et Cecil B. DeMille. C’est un pamphlet, une charge blasphématoire, tout passe à la moulinette. C’est grotesque, bouffon, hilarant. Les anges y sont comme des petits galopins plus préoccupés de sexe que du salut des âmes, un rien les amuse, même si l’un est mort après avoir été prostitué par sa mère. Jésus, malheureux asthmatique n’arrive pas à en placer une, Marie s’avère être une coquette impertinente et de mauvaise foi qui se mêle de tout, tandis que Dieu, vieillard cacochyme et colérique, ne rêve que d’une chose, punir les humains : « Je vais les exterminer ! Je vais les piétiner, les écraser dans le mortier de Ma colère ! Les réduire en bouillie ! » Et dans son palais romain, le pape Alexandre VI, Rodrigo Borgia, assiste en famille à un spectacle de courtisanes dénudées, pendant qu’à côté les chœurs d’église proposent piété et humilité au bon peuple rassemblé. L’écriture est rapide, claire, efficace. Tout est dit, pas d’ironie ou de caricature, mais une charge énorme, un projet dévastateur. Et le diable, qui porte beau devant Dieu mais vit misérablement au fond d’une cave humide, négocie, en échange de ses services, un escalier plus confortable et la liberté de penser. Il fait son boulot, lui, honnêtement, et ce n’est pas toujours facile.
À la fin de la pièce, La Femme sort de chez le Pape : « sa jupe est à peine fermée, elle cherche à protéger du froid sa poitrine demi-nue, (…) elle a l’air épuisé de quelqu’un qui n’a pas dormi. » Et coachée par le Diable, elle entreprend de répandre le poison partout. En commençant par les cardinaux, puis les archevêques, jusqu’au reste de la racaille humaine, en respectant la hiérarchie. Mais il faut dire que malgré son désir de casser les dogmes et les idées reçues, Panizza est à un endroit très réactionnaire : c’est d’une femme que vient tout le mal. Et de ce point de vue, il reste dans le droit fil de la pensée cléricale…

Patrick Gay-Bellile

Le Concile d’amour, d’Oskar Panizza
Traduit de l’allemand par Jean Bréjoux
TohuBohu éditions, 184 pages, 18

Pièce au vitriol Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°196 , septembre 2018.
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