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Domaine français Betsy partie

janvier 2019 | Le Matricule des Anges n°199 | par Éric Dussert

Gloire du punk rock français, Kent a mené de front plusieurs carrières : chanteur, dessinateur, écrivain. Son nouvel opus est frappé de deuil.

Starshooter, son groupe de jeunes punks énergiques a éclairé la scène française avec Betsy Party dès son premier album. Les morceaux étaient trépidants et leurs textes singulièrement subtils. Naturellement, ça se remarquait. C’était en 1978. Kent Hutchinson, dit aussi Kent Cokenstock, a depuis mené une triple carrière de dessinateur de bandes dessinées, de chanteur – aux veloutés de crooner parfois – et d’écrivain. Et ses succès ont été nombreux depuis Congas et Maracas ou l’inoubliable Louis Louis Louis qui traverse toujours la Manche « en petit monoplan » dans la tête de ses auditeurs. De nombreux albums ont été enregistrés, Kent est resté l’artiste élégant et le songwriter délicat qui faisait déjà sa marque à la fin des années 1970. Doué dans son maniement de la langue, Kent a dépassé le format de la chanson pour publier aussi sept romans dont les titres semblent avoir toujours raconté quelque chose comme une mélancolie, ou une solitude désolée. Avec beaucoup de retenue et de finesse toutefois, tandis que de nombreuses chansons qui paraissaient régulièrement en single ou en album semblaient comparativement, elles, très enjouées parfois. Idem pour ses bandes dessinées (Sales amours ou Ma vie est formidable). Ces romans, ce sont Les Nouilles froides, Des gens imparfaits, Tronches de cake, Un été pourri… Des titres qui parlent. L’année suivante, en 1998, Quelque chose de beau fournissait un titre plus lumineux, pour finir Dans la tête d’un chanteur et ce tout nouveau Peine perdue qui propose un double constat. D’abord désolé de l’impuissance des êtres face au passage du temps qui transforme les corps et les existences, il donne la mesure de l’expérience et de la puissance des émotions. À la suite d’un deuil, Kent s’interroge en particulier sur le sentiment amoureux, et à ces moments où le déchirement conduit au détachement. Avec le temps, Betsy est partie, Karen aussi.

Que pense le jeune homme de 1978 qui regardait passer les Caterpillar en écoutant hurler les bulldozers ?
Je me souviens bien de ce que ce jeune homme pensait en 1978. Il aimait contempler les engins de chantier et les immeubles en construction. Il s’identifiait au monde moderne en train de se bâtir. Les bulldozers et les Caterpillar étaient une métaphore de son tumulte intérieur. Ils faisaient autant de vacarme que ses pensées impatientes. Aujourd’hui, l’écho qu’il en reste dans ma tête me prête à sourire. Mais je dois reconnaître qu’En chantier est une incroyable chanson qu’il me serait impossible d’écrire maintenant.
Que retenez-vous de votre aventure ?
Si le mot « aventure » désigne ma vie, je ne retiens pas toujours ce que je veux. Ma mémoire décide pour moi. De ce qu’elle retient, j’aime caresser les bons souvenirs dans le sens du poil et je me rejoue les erreurs sur la partition des regrets.
Si « aventure » définit mes choix artistiques, il faut s’adresser à ma curiosité toujours en quête de piqûre. Je goûte à tout et je n’en retiens que ce qui me nourrit et m’élève. Cette aventure est un apprentissage permanent et une constante remise en question de l’acquis. Ceux qui se contentent de leur savoir-faire sont des sots immobiles, embrumés par la flemme.
Écrire un roman ou une chanson, le ressort est-il le même ?
Non. Le roman est un long cheminement, je ne peux pas m’accommoder, comme c’est le cas en chanson, d’une simple impulsion émotionnelle pour l’écrire. Il me faut une idée qui ait la capacité de bourgeonner en tous sens pour planter un décor et des personnages crédibles sur la longueur. L’écriture d’un roman, c’est la traversée pédestre d’un désert que l’on fertilise. Pour écrire une chanson, une simple sensation épidermique suffit. Un mot prononcé au bon moment peut s’ouvrir sur trois couplets et un refrain et le tour est joué. Le propos compte moins que la manière. Il est juste prétexte à un rythme et une mélodie. Le plus compliqué est d’insuffler dans ces quelques phrases le supplément d’âme qui fait les grandes chansons.
Et puis, en roman comme en chanson, le ressort n’est pas le tout. Une fois l’écriture lancée, le plus délicat est d’éviter les poncifs sans perdre la connivence avec le lecteur ou l’auditeur.
L’amour, seul baume du genre humain ?
L’amour, c’est vague et c’est vaste, c’est donc trompeur. Comme baume du genre humain, je lui préfère l’empathie. L’amour seul conduit à l’égoïsme, la jalousie. Il est exclusif, pas l’empathie. Si tout le monde en avait, sans distinction de rang ou de genre, nous nous en sortirions mieux. Mais je m’égare. Être aimé par quelqu’un pour ce que l’on est et l’aimer en retour pareillement, c’est déjà très beau.

Propos recueillis par Éric Dussert

Peine perdue
Kent
Le Dilettante, 192 pages, 17

Betsy partie Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°199 , janvier 2019.
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