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En grande surface Actes manqués

juillet 2019 | Le Matricule des Anges n°205 | par Pierre Mondot

Mai 2017 : Macron, fraîchement élu, planche sur la composition de son gouvernement. Il a déjà couché sur le papier quelques noms : Philippe, Le Maire, Darmanin, Bayrou. Ses gars sûrs. Problèmes, l’appareil ne montre rien de l’éclat annoncé et penche lourdement à droite. La bourgeoisie est rassurée, mais la bohème s’inquiète. Restent heureusement les maroquins symboliques. La rue de Valois, par exemple. L’idéal serait une femme. Alliant pragmatisme et sensibilité, maîtrise des systèmes économiques et connaissance du champ artistique. Engagée à gauche sans être encartée. Arabe, ça serait la cerise. Autour du président les conseillers moulinent, les méninges fument. Le nom de Nyssen est prononcé. Mais si, la directrice des éditions Actes Sud. Et pour les minorités visibles, on refilera tant pis le numérique à Mounir, il avait réalisé d’épatants Powerpoints pendant la campagne.
Octobre 2018 : si former un gouvernement s’apparente à une partie de Tetris, à l’heure des remaniements on joue au Mikado. Il faut prélever une pièce sans ébranler l’assemblage. Pour Nyssen, le coup est facile. L’éditrice a conduit sa charge avec une telle discrétion que son éviction est passée quasi inaperçue. Inaugurations, visites aux associations, ouvertures de festivals, vernissages, on la voit partout, mais personne n’en parle. C’est l’anti-arlésienne.
Moins d’un an après son exfiltration, la ministre déchue publie Plaisir et Nécessité. Chez Stock. Soit qu’il lui parut ridicule de s’autoéditer, soit qu’elle désirât affaiblir la concurrence avec un mauvais livre. Consciente de l’indigence de son bilan aux affaires culturelles, elle choisit d’encadrer le témoignage de son expérience politique par un plus ample récit autobiographique.
Françoise Nyssen grandit à Bruxelles et longtemps s’y ennuie. Pays plat, mais surtout foyer morose avant que, génial, ses parents divorcent. Dans cette famille dédoublée où Maman et Belle-Maman copinent, l’adolescente revit et s’épanouit. Elle se passionne après le bac pour les vies minuscules : « Je travaillais sur l’hémoglobine du sang d’animaux anémiés pour extraire l’ARN messager, afin d’étudier le mécanisme de son transfert du noyau au cytoplasme. » Malgré cela, Françoise se marie. L’heureux élu exerce la profession de géographe et se trouve à l’origine du nom de l’entreprise. Actes, comme Atelier de cartographie thématique et statistique (le premier livre du catalogue fut un Atlas). Ses premiers engagements militants – elle défend les quartiers populaires de Bruxelles contre la cupidité des investisseurs – provoquent un changement de cap : la voilà lancée dans des études d’urbanisme. Divorce et déménagement à Paris. Elle trouve une place au ministère de l’Environnement. Mais plaque tout quand elle apprend que son père cherche une secrétaire pour la maison d’édition qu’il vient de fonder du côté d’Arles.
Elle fait là-bas la connaissance d’un original qui projette de bâtir un complexe cinéma-restaurant-librairie. L’épouse. Ensemble, ils auront de nombreuses mezzanines. L’entreprise paternelle se développe avec le succès de Berberova ou d’Auster, puis en 2004, le prix Goncourt attribué à Laurent Gaudé, autre pilier de la maison. Parallèlement, Actes Sud ouvre son catalogue à de nombreux essais consacrés à l’écologie (avec Hulot, Dion ou Rahbi) pour devenir dans l’édition le pendant de Malongo dans la torréfaction. Un peu de bonne conscience est offerte avec le produit.
Quand arrive la proposition de Macron, Nyssen hésite, mais une rencontre avec Nicolas Hulot dans un couloir de l’Élysée fait basculer son choix. À Matignon, l’accueil du Premier ministre frôlera la goujaterie : « De toute façon, le président vous veut absolument. »
Pour mener à bien sa mission, la dame se fixe un objectif : « Chaque citoyen doit devenir l’acteur de sa propre culture ». Ça ne veut pas dire grand-chose, mais la formule est chouette et fleure bon les économies budgétaires : les collaborateurs apprécient.
Seize mois d’inaction plus tard et quelques jours avant que les citoyens ne deviennent acteurs de leurs propres ronds-points, Franck Riester la raccompagne jusqu’à sa voiture électrique. L’occasion de se remémorer les bons moments passés au ministère : « Je me souviens des jeunes Guyanais émerveillés de découvrir le pass culture. » (quand ils seront au chômage, ils la remercieront de pouvoir télécharger gratos le dernier Kassav).
Enfin, sur les bancs de l’assemblée, elle a beaucoup échangé avec Blanquer. A insisté sur l’importance fondamentale de l’éducation artistique à l’école. Au point que l’autre en a eu une idée : célébrer la rentrée des classes en musique !
Le génie du Marcheur. Quand trop de malades souffrent dans les hôpitaux, on débloque des fonds pour y envoyer des clowns.

Pierre Mondot

Actes manqués Par Pierre Mondot
Le Matricule des Anges n°205 , juillet 2019.
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