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Théâtre Tempête dans le genre

juin 2021 | Le Matricule des Anges n°224 | par Patrick Gay Bellile

En multipliant les approches et les points de vue, Ronan Chéneau interroge le déplacement des représentations.

Mesdames, messieurs et le reste du monde

En 2018, le Festival d’Avignon présentait, comme chaque année depuis cinq ans, un feuilleton théâtral dans le jardin de la médiathèque Ceccano. Cette année-là, mis en scène par David Bobée à partir d’une matière écrite, rassemblée et proposée par Ronan Chéneau, il s’agissait de travailler la notion de genre. Or, « dire genre est plus piquant que dire le mot épine, ronce ou dire le mot oursin ». Treize jours, treize épisodes pour balayer une question qui se déploie aujourd’hui dans tous les secteurs de la société, provoquant prises de position, réflexions, échanges, mais aussi insultes, coups, agressions, témoignant du profond trouble que peut créer ce sujet. David Bobbée lui-même, au cours d’une interview « bilan », semblait surpris et heureux de constater que les opposants les plus farouches à ces questions ne se soient pas manifestés. Le texte publié aujourd’hui est une sorte de réduction, au sens culinaire du terme, de l’événement avignonnais, proposant en cinq parties cette fois, un condensé des sept épisodes écrits par Ronan Chéneau ; les six autres ont été l’œuvre d’intervenants qui se sont vu confier des cartes blanches, comme Virginie Despentes ou Rokhaya Diallo, ou encore l’avocate Agnès Tricoire.
Tout commence par cette question : « Sommes-nous encore des hommes et des femmes ? » Le texte prend en compte toutes les motifs de discriminations (24 d’après la loi du 27 mai 2008), dont il compare les avancées et les reculs au sein de la société française. Il s’intéresse à l’histoire, aux chiffres, à la médecine, au droit. Il donne une série importante d’informations concernant le vocabulaire : un transgenre n’est pas un transsexuel, il convient d’appeler cisgenre les personnes qui se satisfont plus ou moins totalement du sexe dont ils ont hérité à la naissance, comment définir la masculinité et peut-elle être endossée par une femme ? Il pose aussi toutes les questions concernant le changement de genre : comment ça se passe ? Est-ce que ça fait mal ? Qu’en disent les parents ? Quels types de relations avec l’autre sont ensuite induites par ces changements. Le débat qui s’installe alors est passionnant parce qu’il vient percuter les idées, les stéréotypes, les images toutes faites. L’un des chapitres est particulièrement troublant : « L’effet Mathilda » revient sur ces femmes scientifiques qui ont œuvré pendant des années au côté des hommes et dont les travaux ont été soit volés par des chercheurs peu scrupuleux, soit niés et oubliés : Rosalind Franklin met en évidence la structure en double hélice de l’ADN quand ce sont Watson, Crick et Wilkins qui reçoivent le prix Nobel pour cette découverte. Marthe Gautier découvre la trisomie 21 en repérant la présence d’un chromosome supplémentaire quand c’est Jérôme Lejeune qui s’en attribue le mérite. De la même manière, le texte nous apprend qu’en France, 2 % des enfants naissent avec des organes génitaux difficiles à identifier et que les chirurgiens procèdent dans tous les cas à une assignation de sexe forcée.
Et c’est bien le rôle du théâtre de « révéler, encore, toujours, quelque chose d’un monde réel qui se dérobe ». Le texte interroge, tente d’épuiser le sujet, plutôt que de vouloir apporter des réponses qui finiraient par constituer une doxa du genre, une nouvelle police des mœurs. Ainsi dans le chapitre intitulé « L’École du genre », trois jeunes sont bombardés de questions concernant leur changement d’état, questions qu’ils retournent à leurs questionneurs sans leur répondre directement. Il y a un foisonnement dans ce texte, dont on pourrait craindre qu’il parte dans tous les sens, et pourtant non. Une pensée, une réflexion se développe, formée de toutes les interventions et des sujets connexes qu’elles abordent, l’ensemble constituant une réflexion riche et variée sur l’une des questions qui touche à ce qui est peut-être le plus ancré dans l’être humain : son caractère sexuel.

Patrick Gay-Bellile

Mesdames, messieurs et le reste
du monde,

Ronan Chéneau
Les Solitaires intempestifs, 176 pages, 13

Tempête dans le genre Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°224 , juin 2021.
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