La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Textes & images La guérison des guérillères

juillet 2021 | Le Matricule des Anges n°225 | par Flora Moricet

« je ne fais plus l’amour, mais je marche en forêt ».

Décroissance sexuelle

Ce sont quelques mots, à peine une phrase, isolés sur une page et accompagnés de gravures « à l’eau-forte ». Le joli nom de ce procédé de gravure pourrait aussi bien désigner Décroissance sexuelle, un puissant objet plein de subtilités. Au cours d’une résidence à Montréal, Julie Delporte a invité vingt-quatre femmes, amies et inconnues, à parler de sexualité, de traumatismes et de guérison collective. Elle en a recueilli et imaginé des phrases qu’elle a affichées sur des panneaux dans les rues de la ville : « vous reprendrez votre honte », « nous cherchons un pouvoir autre que celui de séduire ». Avec très peu de mots donc, l’ensemble dégage une force poétique à la limite du manifeste. Proche de certains collages féministes mélangés à l’univers du conte, l’illustratrice jeunesse a composé ce qui ressemble à un poème où la tendresse est louée contre la pornographie et la reconquête des désirs défendue contre leur capitalisation : « je ne fais plus l’amour, mais je marche en forêt ». Se dessine un nouveau modèle de sexualité et d’appar- tenance sexuelle, peu importe le genre puisqu’elle est à la fois « une femme un homme une fougère un oiseau ». Un imaginaire collectif hanté par les violences faites aux femmes et par l’hétéro- normativité, où l’on croise dans les bois « les femmes disparues ». Les gravures en noir et blanc ont le tremblé de l’enfance associé à un univers onirique sombre, végétal et parfois joyeux.
Face à la phrase « je suis désormais ma propre exploratrice », on découvre le dessin d’une femme dont les bras et les mains, tels des arbres ou des plantes, sortent de son sexe. Le « je » de l’expérience individuelle cède rapidement au « nous » et à son implacable constat, « nous avons été violées ». Un « nous » qu’il faut aussi entendre comme un appel à la sororité : « nous sommes les nonnes contemporaines les nouvelles punks », contrechamp possible au « elles » des Guérillères de Monique Wittig, entièrement écrit à la troisième personne du féminin pluriel. S’inscrivant dans l’héritage de la romancière et philosophe, Julie Delporte conclut : « nous sommes les guérillères les dernières survivantes ». Les femmes ne sont plus seules mais rassemblées pour construire « des cabanes où guérir ». Dire le traumatisme ne serait pas suffisant, il faut encore « nous » protéger. Julie Delporte n’écrit pas seulement pour les femmes et avec les femmes. À la toute fin du livre, elle note : « Je les ai écrites au féminin parce que je souhaitais que celui-ci l’emporte, pour cette fois du moins, sur le masculin. Puissent les survivants s’identifier comme ils peuvent, car je ne les oublie pas. »

Flora Moricet

Décroissance sexuelle,
Julie Delporte
L’Oie de Cravan, 64 pages, 16

La guérison des guérillères Par Flora Moricet
Le Matricule des Anges n°225 , juillet 2021.
LMDA PDF n°225
4,00 €
LMDA papier n°225
6,00 €