Le père de Lars Ramslie est un Viking que l’on aurait transporté dans les années 1980 et qui pour rien au monde n’aurait raté une occasion de se battre. C’est une figure quasi mythologique : marin, il a connu tous les ports, plongé dans une mer infestée de requins pour sauver un homme de la noyade. Sa tendresse infinie pour son fils, sa folie qui l’est tout autant, lui valent la perte de l’héritage familial. Une propriété immense, au bord d’un fjord, surplombée d’une montagne qui sera le cœur de ce roman autobiographique. Ce caractère instable trouve son origine dans une défaillance du lobe frontal causé par un accident de voiture. Mais son exaspération est née aussi de la façon dont il a été écarté du clan, et c’est ce qu’analyse l’écrivain norvégien à postériori dans cet ouvrage où il dresse le portrait du père ; un portrait sur deux échelles temporelles, celle de l’enfance du narrateur puis de l’âge adulte alors que le père est malade. L’exclusion et le rejet, cette « part obscure de ton cerveau », sont tapis derrière chaque geste paternel. S’il n’a pu hériter, il souhaite que son fils rétablisse cette injustice. Lars Ramslie décrit une nature magnétique, généreuse, attentive, et à l’autre pôle, le mensonge, la violence, la misère sociale. C’est un roman délicat et puissant qui pénètre en profondeur dans la peau de ce père, un roman tout en étrangeté. Sa carrure, sa force – « Électrique, un Sisyphe électrique avec un rocher soulevé au-dessus de sa tête. » – s’accordent avec sa propension à tout casser.
L’acmé du roman est le récit d’une marche en montagne, qui s’ouvre comme un rêve et vire au cauchemar. « Tu dis que ce qu’on fait tous les deux, c’est quelque chose que ton père t’a fait subir quand tu étais petit. Qu’on a emprunté exactement le même chemin que vous. Tout comme son propre père l’avait fait avec lui. » Cette marche forcée est le prix à payer pour mesurer ce qui va leur échapper – « notre montagne » –, et ce qu’ils sont devenus, deux revenants dans un paradis perdu.
Virginie Mailles Viard
Une montagne, un fusil, un lac,
de Lars Ramslie
Traduit du norvégien par Hélène Hervieu, Paulsen, 214 pages, 19 €
Domaine étranger Une montagne, un fusil, un lac
octobre 2024 | Le Matricule des Anges n°257
| par
Virginie Mailles Viard
Un livre
Le Matricule des Anges n°257
, octobre 2024.

