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Domaine étranger Une poignée de braises

octobre 2024 | Le Matricule des Anges n°257 | par Thierry Guichard

Un septuagénaire accompagne son fils mourant sur le chemin d’une rédemption à laquelle aucun ne croit. Et découvrent une forme de douceur tendre au cœur de la folie américaine.

Le Paradis des fous

Le nouveau roman de Richard Ford (80 ans au compteur) constitue le cinquième (et dernier ?) volet de la série « Frank Bascombe », débutée en 1982 avec Un week-end dans le Michigan. On y découvrait alors Frank Bascombe, écrivain amateur recyclé dans le journalisme sportif. Il vient de perdre son jeune fils et cette mort a précipité son divorce. Treize ans plus tard (et après trois autres livres) paraissait Indépendance dans lequel Frank Bascombe était devenu agent immobilier dans le New Jersey. La structure de la série se précisait : l’action se déroule autour d’une fête nationale, un voyage est programmé et dans Indépendance c’est avec Paul son deuxième fils qu’il part, un gamin mutique et mal dans sa peau. Il faudra attendre onze ans pour lire le tome 3 : L’État des lieux se déroule autour de Thanksgiving, Franck a 55 ans et est atteint d’un cancer. L’heure est au bilan, mais c’est comme si Frank était né pour se poser infiniment les questions existentielles qu’on devine tarauder son créateur : que faisons-nous de nos existences ? Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Que devons-nous aux autres ? Le quatrième volet est un roman constitué de quatre nouvelles. Cette fois, c’est son ex-femme (avec laquelle Frank a gardé une relation très intime) qui se meurt et c’est toute la côte est des États-Unis qui est balayé par l’ouragan Sally… Il en est aussi ainsi des livres de Richard Ford : au drame intime qui donne le la du roman, le romancier accorde un regard aiguisé sur son pays. Aiguisé donc caustique, un brin politiquement incorrect mais sans aigreur ni méchanceté. Au contraire, une forme de tendresse persiste dans la manière avec laquelle l’écrivain arpente les décombres d’un pays que le capitalisme a fini de corrompre.
Dans ce cinquième opus qu’on peut lire sans rien savoir des quatre précédents, on retrouve Paul, le fils d’Indépendance chez qui la forme la plus grave de la maladie de Charcot s’est déclarée. Paul a 47 ans maintenant, l’âge miroir de son père qui en a 74. Frank décide de s’occuper de ce fils jusque-là distant, vit deux mois à Rochester, ville glacée bâtie autour de la clinique Mayo où Paul sert de sujet d’étude pour une escouade de médecins. C’est de ce quotidien à Rochester que naît la poésie du roman : entre zones commerciales aux enseignes franchisées, salon de « massage complet » où Frank perd de sa lucidité, pizzas improbables mangées devant un match de foot américain ou un tournoi de golf retransmis à la télé. Frank regarde son fils dépérir, s’engage dans une forme de rédemption sans trop y croire, assiste, témoin sans humeur, à la mise en scène permanente qui semble ordonner les actions de ses compatriotes. « Cette fois, mon avion arrivait. Les passagers de première classe qui s’étaient regroupés regardaient à la dérobée les voyageurs de la classe économique comme si des rancunes risquaient de remonter à la surface. » Dans cette Amérique scindée en deux (Républicains contre Démocrates), hantée encore par la guerre du Vietnam, marquée par l’intervention en Irak (Ford distille avec tact les traumatismes), Frank Bascombe tente de renouer avec le mythe originel et va se lancer avec son fils handicapé dans un périple qui doit les conduire au mont Rushmore à bord d’un camping-car antédiluvien. Comme si le road movie permettait tout à la fois la réconciliation entre le fils et le père et entre l’écrivain et son pays. À Rochester, une fois par semaine, père et fils empruntent l’autoroute pour grimper au sommet d’un relief qui domine la ville. Pour voir le lieu où ils vivent d’en haut, en comprendre la géographie, avant d’y replonger. Métaphore de l’écriture chez Ford pour saisir l’essence d’une vie, cette « poignée de braises vives jetées dans le noir. »

T. G.

Le Paradis des fous
de Richard Ford
Traduit de l’américain par Josée Kamoun
L’Olivier, 374 p., 24

Une poignée de braises Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°257 , octobre 2024.
LMDA papier n°257
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