La poésie narrative paraissait avoir été confinée dans les limbes de l’histoire littéraire. La voici réactivée, réhabilitée, par le soin et l’inspiration de Philippe Brunet-Haga composant Le Retour d’Eijirô. L’on devine, par le nom mystérieux du héros, que le Japon ancien puisse être le cadre de cette épopée.
Nous sommes en 1898, lorsque le jeune Eijirô séjourne à Berlin où il acquiert la première machine à rayons X. Voici notre fils de samouraï, accablé par les vicissitudes de l’histoire familiale, parcourant à cheval la Sibérie entière pour ramener cette nouveauté scientifique, en un voyage initiatique, en un « alphabet de rêves », jusqu’à Fukushima. Pas seulement géographique, la geste est également historique : « Le nouveau défait l’antique, l’Est aspire au goût de l’Ouest. / Et la mode occidentale vient habiller l’Orient ». Entre la solitude du voyageur et les tragédies de la guerre, un dialogue s’instaure, sans ignorer la dimension du poème philosophique : « Jusqu’au bord du siècle vingt, la crise gagne tous les arts, / L’homme pose en immortel, en ombilic de l’univers ». L’interrogation sur le langage et l’esthétique poétique est récurrente : « D’où, de quel rhizome ou quel surgeon, repartira le chant ? / D’où renaîtra son printemps de mots, de quel neigeux hiver ? »
Composée d’un peu plus de 2500 vers disposés en distique, parfois en quintil, cette œuvre dévoile une étonnante expédition individuelle, une odyssée singulière, tout en se prétendant une traduction du japonais. De surcroît, ce poète helléniste, traducteur d’Homère, ne cesse de jeter un pont entre la culture grecque antique et celle nippone.
Thierry Guinhut
Le Retour d’Eijirô, de Philippe Brunet-Haga, L’Escampette,
144 pages, 19 €
Poésie Le Retour d’Eijirô
février 2026 | Le Matricule des Anges n°270
| par
Thierry Guinhut
Un livre
Par
Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°270
, février 2026.

