Dans un texte très court et percutant, Lise Martin invente un personnage de petite fille, Azaline. Cette dernière imagine, à chaque récréation, des jeux où elle met en scène, avec sa bande de copains, des histoires de loups et de belles-mères méchantes qu’il faut tuer. Par la violence de ses propositions, Azaline essaie de dire l’indicible : ce qu’elle subit la nuit dans sa chambre avec son père. Mais, plutôt que de parler de son père, elle évoque un loup dévorant un petit cochon tous les soirs. Et quand la maîtresse découvre une trace de morsure sur sa nuque, Azaline cache la vérité en racontant qu’elle jouait aux vampires avec sa meilleure amie. Ses jeux deviennent de plus en plus « parlants » et violents comme si le silence devenait insupportable pour la petite fille. Elle met en scène un tribunal où elle apparaît bâillonnée. Ne pouvant se défendre, elle se retrouve condamnée par les autres enfants « à la nuit ».
Une autre récréation, elle essaie d’être encore plus explicite et propose un nouveau scénario : « C’est une histoire épouvantable. (…) Toutes les nuits la petite fille se fait tuer par un ogre. Elle ne crie pas, ne hurle pas, ne pleure pas, elle. Alors qu’elle a mal. Son corps se fend en deux dans les ténèbres de son lit. Elle serre son oreiller contre elle. Il lui dit “je te tue, ne crie pas, ne dis rien à personne, ne réveille personne. C’est notre secret d’amour” ». Mais les copains préfèrent les histoires de loup. Et finalement personne ne perçoit ce que cache Azaline dans ses contes revisités et son immense besoin d’aide.
Alors quand plusieurs parents se plaignent après avoir découvert des marques de coups sur le corps de leurs enfants dus aux excès de violence d’Azaline, celle-ci est renvoyée quelques jours. Elle doit rester chez elle, loin du seul refuge qu’elle avait, l’école. Lise Martin met le focus sur le silence qui entoure l’inceste dans les familles et pose cette question qui hurle dans notre tête en lisant cette pièce : comment décrypter les signaux d’alerte quand la chape de silence est si difficile à briser ?
L. Cazaux
Lansman – Carnet 2, 32 pages, 7 €
Théâtre Azaline se tait de Lise Martin
mars 2026 | Le Matricule des Anges n°271
| par
Laurence Cazaux
Un livre
Azaline se tait de Lise Martin
Par
Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°271
, mars 2026.

