La rédaction Gilles Magniont
Articles
Trips et boyaux
Avec The Sick Bag Song, embarquement immédiat dans la machine ardente de Nick Cave, « système nerveux qui carbure à la rime et aux fantômes ».
Cela combine plusieurs histoires. « Nous avons traversé des centres-villes revitalisés, des centres-villes en voie de revitalisation, des centres-villes agonisants » : en juin-juillet 2014, de Nashville Tennessee à Montréal Québec en passant par Denver Colorado, il y a Nick qui parcourt l’Amérique du Nord avec son groupe pour une tournée de vingt-deux dates, et qui tourmenté tente régulièrement de joindre sa compagne sur « ce putain de téléphone ». Il n’y parvient qu’à la toute dernière page, alors « Je rentre chez nous », fin du livre et de la tournée.
Et puis il y a Nick qui cherche...
Entre deux orages
« Il y a trop de choses enfouies en moi à relâcher » : sur la scène publique et privée, un long voyage en compagnie fébrile de John le Carré, dans le clair-obscur de sa correspondance.
J’ai décidé de cultiver ce regard intense et tourmenté, et de me mettre à écrire des lettres aussi brillantes que décousues à l’intention de mes futurs biographes. » C’est le début des années 1960, David Cornwell vient de se rebaptiser John le Carré, il accompagne ce post-scriptum d’un bel autoportrait, lui qui se voyait bien enseigner le dessin, pourquoi pas vivre de ses talents...
Petite apocalypse
Réédition du second roman de Nick Cave, surprenant de maîtrise et d’ambivalence.
« Je suis foutu » songe Bunny Munro avec la lucidité soudaine de ceux qui vont bientôt mourir. » Prolongeant le titre Mort de Bunny Munro, cette entame laisse assez peu de doute sur la suite. C’est une sorte de chemin de croix que dessinent ces trois cents pages accrochées à une pauvre conscience, en quelques jours et trois stations successives : Bunny-la-trique, Bunny-la-tchatche,...
Chairs détachées
Entre justesses et conventions, Carnes d’Esther Teillard amuse puis ennuie.
Esther Teillard collabore à France Culture et Art Press, et la presse salue unanimement son premier roman cash / coup de poing / mal élevé ; l’éditeur l’annonce comme un « portrait sans concession des inégalités et des violences sexistes », et l’actrice Anna Mouglalis en lit des extraits à Saint-Germain. On en déduit : météo assez stable, sur les terres de la transgression institutionnalisée....
Par où la sortie
Est-il aujourd’hui un dehors du capitalisme et de ses dépressions ? Dans une montagne de proses critiques, Mark Fisher s’emploie à « inventer le futur » : à la gauche du dancefloor, dans le « cœur mythographique de la culture populaire », et dans les parages des travaillistes (mais les bons jours).
Fisher naît en 1968 dans l’est déshérité de l’Angleterre ; une bourse lui permet de suivre des études supérieures, il écrit une thèse de philo sur le cyberpunk, s’inscrit dans la nébuleuse intellectuelle des cultural studies de l’université de Warwick, puis s’éloigne des espaces académiques, donne des cours du soir pour un college de formation continue, cofonde en 2009 la maison d’édition...
À la pointe – chronique
Merci Bernard
Cette page semble se répéter : après Éliette Abécassis et Gaspard Koenig, revoilà un normalien-baladin, Nathan Devers. Lequel publie chez Gallimard un essai dont le titre ne modifie que d’un complément celui d’Aimer, roman de Sarah Chiche chroniqué ici même il y a quelques mois – mais quel complément, puisqu’il s’agit désormais d’Aimer Jérusalem.
Pas de souci. Et puis Quitter Gaza ? Gardons-nous toutefois de donner voix à nos passions tristes, et prenons la peine d’ouvrir cette somme qui dissuade les positions trop tranchées. Tout y commence par une « cassure » : alors qu’il s’apprête à...
Monsieur meuble
Appelé à de hautes responsabilités, Pierre Mondot ne pourra désormais s’acquitter de sa chronique qu’un mois sur deux. Respirons avec lui : il est temps de prendre le large, là où la littérature innove, invente, expérimente – à la pointe.
L’heure est aux bilans de fin d’année, et à ce jeu-là l’emporte haut la main Connemara, élu livre 2022 préféré des lecteurs de Télérama. Son auteur fait...
Médiatocs – chronique
Génération écran plat
Mazarine Pingeot, fille de et future mère, met sa vie en forme.Puis vend sa télé.
Je reste enfermée dans la maison. Ma chienne préfère le sommeil, je ne la comprends pas » : trois propositions, quelques mots très simples, Mazarine effleure le mystère du règne animal. Puis, dans la même page, elle évoque le chat, le cheval, ou encore la grenouille. Mais comme cette dernière rappelle Kermitterand, la future mère a ce cri déchirant : « Peut-être vendrons-nous la télé quand tu arriveras. »
Certains diront qu’il est bien des gens qui se débarrassent de leur télé, mais peu qui la vendent (sauf nécessité extrême), et que Mazarine n’est donc pas très généreuse, un peu petite...
Avec la langue – chronique
Un peu plus près des étoiles
Avec vingt ans d’avance, la troupe Gold avait trouvé la formule de l’art contemporain.
La trentaine détendue fait danser ses enfants au rythme des djembés, les chapelles ruissellent de mises en voix, Mathilde Monnier reprend du rosé : voici venue la saison du spectacle vivant. Mais les joies du live recouvrent le verso non moins solaire des festivals : le Programme, prose dédaignée comme la servante qui n’aurait d’autre rôle que de nous mener à sa maîtresse, la représentation. Or c’est dès les rives du rédactionnel que le désir d’art peut être comblé, en témoignent les deux cents grammes d’Avignon 2008, œuvre en soi dès son premier paragraphe. Valérie Dréville « ne veut pas...
Les aphasiques
N’emporter qu’un sac léger, pour les vacances. Quelques syllabes suffiront.
L’idée est la suivante : aux abords de la campagne électorale, émergeraient les programmes et leur mise en forme. Alors on cherche des idées, alors on leur confère une apparence. En gros, il s’agit de faire des phrases, phrases sur lesquelles viendront à s’affronter les candidats et que devront juger les électeurs. Seulement, ceux-ci comme ceux-là ont parfois la partie difficile. Voyous, vous...
De quoi ça parle ?
Le proverbe a menti : ce n’est pas à Rome que mènent tous les chemins.
Consacrant sa causerie télévisée au thème de la transmission, Franz-Olivier Giesbert réunissait diverses têtes pensantes. Et ce qui devait arriver arriva, les cervelles firent des étincelles. « Les enfants, il faut qu’ils lisent » (Michel Tournier), « lorsqu’on écrit, on s’adresse à l’enfant qui est dans le lecteur » (Elie Wiesel), « les fous et les enfants s’entendent très bien » (Wiesel,...
Courrier du lecteur – chronique
L'homme qui aimait les livres
Coups d’œil sur « Le Dictionnaire Truffaut », où les romans se font devant et derrière la caméra.
« J’espère que vous garderez longtemps cette gravité du regard et cette façon simple et un peu malheureuse de vous exprimer », écrivait joliment Genet au jeune Truffaut. À parcourir le Dictionnaire, on ne s’éloigne jamais longtemps de la chose littéraire. D’abord, parce que les films sont ici le plus souvent des adaptations, au gré des lectures éclectiques de l’autodidacte : David Goodis pour Tirez sur le pianiste, William Irish pour La Mariée était en noir, Henry James pour La Chambre...
Espèce de Hongrois !
« Tout est pur à ceux qui sont purs » (Saint Paul) : promenade guidée au doux pays de l’Injure.
Bougnoule/ Niakoué/ Raton/ Youpin/ Chinetoque/ Putain/ Maquereau/ Macaque/ Chien » pour ceux que n’aurait pas rassasiés cet Hymne à l’amour de Jacques Dutronc, les éditions 10/18 rééditent les travaux de Robert Edouard, publiés une première fois en 1966. Voilà un tombereau qui en impose, avec plus de huit cents pages découpés en deux volumes, le Dictionnaire des injures venant accompagné de...
Quelques déflagrations
Bang ! dévoile et commente toutes sortes d’images. Il y a les images des bandes dessinées, bien sûr, avec notamment l’interview d’Alan Moore, scénariste britannique assez génial qui donne de très politiques contours aux superhéros de papier (on lui doit entre autres les Watchmen et V pour Vendetta) ; mais aussi les images qui cherchent à échapper au livre et recherchent pour ce de nouveaux...





