La rédaction Martine Laval
Articles
Gino, artiste de la découpe
L’Italien Dario Voltolini met en scène son père boucher sur le marché de Turin. Hivernal, entre réalisme et délicatesse, est un adieu au paternel et aussi un hommage au travail. Puissant.
Clope au bec, une Nazionale sans filtre, et long couteau à la main, Gino règne en maître derrière son étal, en une chorégraphie réglée au millimètre, mais lui ne dirait pas chorégraphie, il dirait : travail. Il lui faut faire vite, les clients se pressent, s’impatientent. Au marché de Turin, le Porta Palazzo, ça grouille de monde et de bidoche. Gino achète des agneaux, la bête entière, la découpe, et la vend. Autour de lui, ses collègues s’agitent de même. Chacun sa spécialité, il y a ceux des lapins, des cochons, des bœufs. Ils s’apostrophent, blaguent, font crisser les lames, tapent du...
Femme au bord du monde
Grâce aux vents de l’île de Sein qui soulèvent des tempêtes intimes, Michèle Lesbre offre un récit tout en bienveillance. Naufrage(s) ou l’art de l’épure.
Ils s’appelaient Quatre sœurs, Bonne mère, Caprice ou encore Aventurier. Tous, et bien d’autres, ont coulé, engloutis corps et biens, hommes et chaluts, au large d’Ar-Men, ce phare de tous les diables. Michèle Lesbre, en balade un mois d’avril sur l’île de Sein, écrit les noms de ces bateaux comme pour les sauver, un peu, de l’oubli, du « désastre ». Alors qu’avec pudeur elle avoue qu’il...
Le vieil homme et l’amour
Avec sa prose toujours aussi hypnotique, l’écrivain danois Jens Christian Grøndahl défie le temps et le chaos du monde.
Voici l’histoire d’un homme qui se dit « passager clandestin » sur le grand navire de la vie, un « non-survivant parmi les survivants », un homme au bout du chemin, il le sait, nous le savons aussi d’emblée. Respect. Il a 62 ans. La maladie est à l’œuvre. L’homme, appelons-le Jens Christian Grøndahl puisque c’est un jeu auquel se prêtent auteur et narrateur : donner aux personnages de cette...
Semaine sanglante
Budapest, octobre 1956. L’insurrection met la ville à feu et à sang. Réédition de La Cinquième Femme, seul roman policier de Maria Fagyas. Une révélation.
Il est placide et obstiné. Sans réelle ambition professionnelle, volontairement solitaire, las et désabusé, revenu de tout, des gens comme de la politique, un peu intello et grand lecteur, n’accordant sa confiance ni au communisme ni au fascisme. Pas vraiment apolitique, non, plutôt radicalement clairvoyant… Nemetz, inspecteur à la Brigade criminelle de Budapest, s’entête à rester à peu près...
Je m’aime moi non plus
Une femme avoue sa médiocrité et se consume de jalousie. Sous la plume de la jeune norvégienne Agnes Ravatn, l’histoire s’emballe avec un bel humour. Grinçant et revigorant.
Non loin d’Oslo, Skagerrak, un fjord d’une beauté à couper le souffle, s’étire paisiblement. Ici, les gens ont « l’élégance décontractée » et « le bronzage impeccable ». Ils ont aussi des SUV électriques noirs et des maisons de dingue. Bienvenue chez les riches ! Karin, la narratrice, elle, roule dans la camionnette de Kai, son mari menuisier. « Classe moyenne inférieure », ironise-t-elle....





