La rédaction Martine Laval
Articles
Gino, artiste de la découpe
L’Italien Dario Voltolini met en scène son père boucher sur le marché de Turin. Hivernal, entre réalisme et délicatesse, est un adieu au paternel et aussi un hommage au travail. Puissant.
Clope au bec, une Nazionale sans filtre, et long couteau à la main, Gino règne en maître derrière son étal, en une chorégraphie réglée au millimètre, mais lui ne dirait pas chorégraphie, il dirait : travail. Il lui faut faire vite, les clients se pressent, s’impatientent. Au marché de Turin, le Porta Palazzo, ça grouille de monde et de bidoche. Gino achète des agneaux, la bête entière, la découpe, et la vend. Autour de lui, ses collègues s’agitent de même. Chacun sa spécialité, il y a ceux des lapins, des cochons, des bœufs. Ils s’apostrophent, blaguent, font crisser les lames, tapent du...
Tic-tac, tic-tac
Avec une mécanique implacable, la Québécoise Julie Bouchard donne vie à des gens ordinaires, tous pris dans le rythme effréné du boulot. Et réalise un portrait de notre humanité tout en empathie.
Dans la ville de M., les gens, vont, viennent. Vivent, travaillent, et meurent, forcément. Dans la ville de M., il y a Julia, la narratrice de Labeur, un premier roman aussi fulgurant que jouissif. Julia, sans doute le double de la jeune romancière québécoise Julie Bouchard, s’amuse à extirper de l’anonymat d’une grande cité quelques personnes et leur offre une destinée. Ses personnages, des...
L’appel de la forêt
Mathias Bonneau est bûcheron. Il raconte son métier. Un récit hypnotique sur les gestes du travail et la beauté de l’effort.
Ce pourrait être l’histoire d’un type qui se bat contre lui-même, contre sa lenteur, sa timidité, sa crainte de la société dévoreuse et qui décide son diplôme d’architecte en poche de fuir le monde de la ville ; ce pourrait être l’histoire d’un fils qui veut faire comme papa sinon mieux, ce père celui « qui réfléchit avec ses mains » ; ou encore, ce pourrait être l’histoire d’une passion,...
Mon père, l’évadé
Céline Bagault marie le deuil à la tendresse, l’écriture à la mélancolie. Un premier texte tout en pudeur et sincérité.
En milieu d’ouvrage, une page presque vide, juste avec ces quelques mots : « Je ne suis pas en deuil. J’ai du chagrin. » (Roland Barthes, Journal de deuil). Peut-être que ce premier roman en forme de récit tout en finesse et pudeur est un texte de deuil. Peut-être. On pose le manuscrit, ou l’on referme la porte, et l’on s’en va, continuer sa vie. Il est assurément une histoire sur le chagrin,...
Il faut lire le soldat Brian
Brian Turner raconte ses sept années dans l’armée américaine à ferrailler avec la guerre, à ferrailler avec les mots. Ma vie est un pays étranger est un récit aussi poétique que surprenant.
Quand on lui demande, et c’est souvent, « Alors, t’en as tué combien ? », il répond, sans ciller, les yeux rivés sur son interlocuteur : « Un million deux cent mille », bilan plus ou moins officiel de morts lors de la guerre en Irak. Le sergent Brian Turner endosse la totalité des victimes – impossible pour lui de faire autrement. Quand on lui demande aussi pourquoi il s’est engagé en 2003,...





