La rédaction Martine Laval
Articles
Gino, artiste de la découpe
L’Italien Dario Voltolini met en scène son père boucher sur le marché de Turin. Hivernal, entre réalisme et délicatesse, est un adieu au paternel et aussi un hommage au travail. Puissant.
Clope au bec, une Nazionale sans filtre, et long couteau à la main, Gino règne en maître derrière son étal, en une chorégraphie réglée au millimètre, mais lui ne dirait pas chorégraphie, il dirait : travail. Il lui faut faire vite, les clients se pressent, s’impatientent. Au marché de Turin, le Porta Palazzo, ça grouille de monde et de bidoche. Gino achète des agneaux, la bête entière, la découpe, et la vend. Autour de lui, ses collègues s’agitent de même. Chacun sa spécialité, il y a ceux des lapins, des cochons, des bœufs. Ils s’apostrophent, blaguent, font crisser les lames, tapent du...
Corps à corps
Dans un huis clos fascinant, Bérénice Pichat met en scène un estropié de la Grande Guerre et une Petite Bonne. Un roman à la narration débridée et poétique.
Tranchées de la Somme, 1916. Soit tu tues, soit tu meures, comme tant d’autres. Lui, Blaise, le musicien, aurait aimé y laisser sa peau. « Il en est revenu/c’est vrai/mais quel retour/Quand il se découvre mutilé/il meurt une deuxième fois/Et ça dure/Et il continue à mourir/Il n’en finit plus d’agoniser/peu à peu/tous les jours/il s’étiole/sans fin ». La Petite Bonne est un roman écrit...
Le goût des autres
Comment « récupérer » sa vie quand on a tout perdu, boulot, enfant, espoir ? Le quatrième roman de l’Américain Richard Krawiec réconcilie avec la littérature enragée.
On leur avait dit de placer leur confiance en Dieu et leur foi dans le syndicat. La bonne blague. Ni l’un ni l’autre n’ont su leur épargner la mouise. Dieu parce qu’il n’existe pas malgré tout son ramdam habituel de folies, d’incantations culpabilisantes. Le syndicat parce qu’il a trahi. Lorsque l’usine a fermé, un seul mot d’ordre : rester calme, empocher le chèque, et voilà. L’usine, ses...
Allez, zoo !
Vies sauvages de Daniel Fohr est une sorte de jardin des délices où bêtes et humains s’emploient à vivre, ou à survivre. Un roman aussi puissant que comique. À l’image de notre monde.
Jour de canicule. Calme plat en ce matin dans le Parc. Tout – vraiment tout – va pourtant s’emballer, déraper, tourbillonner, dans un joyeux maelstrom, une grande pantalonnade hilarante, une folie ou plutôt une histoire de fous comme seuls les humains sont capables d’imaginer – avertissement : les IA n’ont qu’à bien se tenir. Daniel Fohr qui manie la facétie à merveille s’encanaille dans un...
Les délices de Maurice
Réédition de Métrobate, premier roman de l’auteur des Saisons. Entre critique de la bourgeoisie et humour tendre, un roman contre la grisaille.
Il a tout du dandy, du parfait dilettante, un rien précieux, un rien poète. Élégant dans son phrasé comme dans ses gestes. Séducteur et manipulateur de la plus belle espèce. Serait-ce un imposteur ? Il est sans âge, il parle « par images », raconte beaucoup « mais sans jamais qu’on sût rien de lui ». C’est à peine s’il a un nom, quant à son passé, c’est là toute la question. Il est le premier...





