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Entretiens Christian Rullier : le désespoir ludique

octobre 1993 | Le Matricule des Anges n°5 | par Laurence Cazaux

Cancre et premier de la classe, bosseur acharné et noceur de première, Christian Rullier est un auteur de théâtre reconnu, comme le prouve la réédition d’Annabelle et Zina et du Fils. Ecrivain polyporphe, il se nourrit de la vie qu’il veut mouvementée.

Christian Rullier est un homme direct. Au jeu des questions, il se livre sans faux-fuyants. Comment êtes-vous devenu écrivain ?
J’ai commencé à écrire vers dix ans. J’étais un enfant solitaire, la solitude et les mots ont à voir ensemble. J’avais inventé un jeu, je prenais deux textes différents, un que je décrétais masculin, mal découpé et un féminin, bien propre et lisible, je les assemblais et je devais réinventer une nouvelle histoire. Plus tard, après 3 mois de médecine, stoppés dès mon premier cours d’anatomie, un an et demi à vouloir faire du cabaret, j’ai commencé des études de lettres. J’écrivais énormément de nouvelles.
Pas de théâtre ?
C’est venu plus tard, à la suite de rencontres avec des comédiens et surtout des comédiennes. Il y a eu fusion entre mon désir poétique et le théâtre. Je retrouvais dans l’acteur l’esprit de fête, le travail acharné et l’émotion. Ca me fascine de pouvoir changer de peau. Quand j’écris, je m’immerge dans mes personnages. Dernièrement, j’ai inventé un rôle odieux et je devenais moi-même insupportable.
Quels sont vos écrivains préférés ?
Les auteurs qui écrivent dans la profusion et le cru ou dans le formalisme mathématique. J’aime par dessus tout le mélange des deux. J’aime Perec et sa vie mode d’emploi qui a longtemps été un livre de chevet, la musique de l’Inquisitoire de Pinget, La Méprise de Nabokov pour le caractère simple et très structuré de son écriture, la crudité de Selby junior ou de Céline, Borgès pour le mélange de réalité et de fiction, et pour le théâtre, Durif, Minyana, Fargeau, Shakespeare, Claudel…
Comment naît un sujet ?
Je ne sais pas. J’écris 4 ou 5 phrases. La plupart du temps, rien ne vient ensuite. Parfois, une musique ou un rythme font naître un personnage ou un sujet. Pour Le Fils, tout est parti d’un jeu. Je déménageais et je repeignais mon appartement. Je suis entré dans un café en tenue de travail. Deux peintres en bâtiment m’ont pris pour un confrère, je n’ai pas démenti. Le soir, habillé en costard cravate, je suis entré dans un autre bar. Le patron m’a pris pour un représentant. J’ai joué le jeu pendant 15 jours puis je me suis demandé ce qui resterait dans la tête de tous ces gens si je disparaissais. La vérité pour moi est ambiguë.
L’actualité, les faits divers ne vous font donc pas écrire ?
Je lis beaucoup la presse, je reçois des chocs extérieurs, insupportables, mais ça ne me pousse pas à écrire, ça s’intègre tout seul.
Dans votre œuvre, la recherche du père est-elle importante ?
Elle est fondamentale. J’ai vécu à Limoges avec ma mère et mes grands-parents, sans mon père. Mon prochain roman relatera l’histoire d’une quête à travers le monde, la quête d’un homme pour un autre homme. Au début, je voulais même appeler ce roman Le Fils, puis j’ai abandonné l’idée.
Vous réécrivez vos textes ?
Je suis un obsédé. Je travaille au minimum dix heures par jour. Sur mon ordinateur, je relis et...

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