RUBRIQUE Entretiens
Les articles
Soigner les âmes
Le premier roman de Maxime Rossi suit la journée d’un infirmier libéral dans sa tournée au cœur des paysages de l’Ardèche. Et d’une humanité lumineuse.
Le narrateur de La Tournée emprunte plus d’un trait à son auteur, et aussi son passé, sur lequel il revient par touches légères, celui d’un libraire féru de littérature et d’un gérant de café qui fit de son estaminet le lieu de vie et de rencontres de marginaux, âmes ballottées par la vie, qu’il retrouve aujourd’hui dans sa tournée d’infirmier libéral. On le suit dès potron-minet, dans sa voiture où la musique qu’il écoute épouse l’avancée du jour, son zénith et son déclin. Il nous mène ainsi d’un patient à l’autre, d’une future veuve à laquelle il rend un peu de l’attention qu’elle...
Elle devient île
Dans un premier roman étrange et métalittéraire, ludique et jouissif, Raphaël Laforgue invente une langue et un atoll.
On utilise des comparaisons pour se rassurer, l’incomparable faisant toujours peur. Et l’inouï, lui, ne terrifie pas. L’Île de Clipperton est inouï parce que ce roman se transforme en île. C’est inouï parce que cette île existe vraiment. C’est même, malgré son patronyme, une île française, la dernière terre australe dans l’est de l’océan Pacifique, à un millier de kilomètres du Mexique....
Un livre
Un voyage en or
de
Juan Tallón
L’enfer du décor
Avec Un voyage en or, Juan Tallón offre à son héros une expérience paroxystique à travers un miroir inversé. Vertigineux et étourdissant.
Notre présence au monde ? Nos perceptions ? Nos métamorphoses ? Y a-t-il des expériences humaines capables de nous faire changer du tout au tout ? Il y a certes des amnésies, des pertes complètes de mémoire et même des dénis énormes, terribles, l’ivresse, la folie… Juan Tallón inverse ici le processus. Et si le monde changeait d’un coup autour de nous, sans nous ? Le natif d’Ourense écrit...
Du béton, du verre et le vent
Premier ouvrage en français autour de Walter Benjamin et de l’architecture, Habiter l’utopie d’Anne Roche interroge la vision du penseur sur l’espace et ses configurations révolutionnaires, alors qu’au loin l’orage gronde.
Après ses Exercices sur le tracé des ombres (2010), prix Walter-Benjamin en 2018, et Terrhistoire (2023), Anne Roche donne avec Habiter l’utopie. Walter Benjamin architecte, le troisième volet d’une trilogie qu’elle consacre au philosophe allemand. Impressionnante d’érudition, cette somme est aussi singulière, n’hésitant pas à emprunter des voies toutes personnelles dans l’étude et l’analyse...
Branleurs portugnolais
Par un premier roman initiatique, le Bolivien Gabriel Mamani Magne confie les joies et les difficultés d’une adolescence et d’une identité latino-américaine. Vif, drôle, contre-épique.
Il est des romans comme de la boxe qui laissent un peu sonné, hébété. On y prend des coups. Des coups bas. Au foie, dans l’estomac, dans les parties. Paradoxalement, ici, on s’en réjouit tant Gabriel Mamani Magne a su inventer une langue et une écriture toute froissée, à la fois sombre et très lumineuse, très personnelle, matinée des réalités de la latine Amérique, des langages...




