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Domaine étranger Folie-city

octobre 1993 | Le Matricule des Anges n°5 | par Alex Besnainou

Orly Castel-Bloom, auteur inspiré, va au plus profond de l’imaginaire et fait de la folie un délire quotidien. Son roman n’en est que plus troublant.

Foly-city

Voilà un livre très fort qui n’hésite pas à briser le carcan du vraisemblable pour se mesurer à l’être le plus insaisissable, le plus étrange et le plus dangereux qui soit : l’Etre humain.
On peut certainement déceler une trame narrative au livre de Castel-Bloom, c’est à dire organiser après elle le délire qui l’accompagne tout au long de ces deux cents pages d’une absolue clarté stylistique, mais ce n’en serait qu’une lecture superficielle. Les relations de Dolly avec le bébé qu’elle recueille et qu’elle nomme « Fils » le long de ses quinze premières années va bien au delà de la simple chronique. Tout dans ce livre est déjanté même la vie dans cette curieuse ville qu’est Dolly-City. Fils est un bébé abandonné dans un sac poubelle sur le bord de la route, Dolly, une femme-médecin diplomée de Katmandou car elle a pris au pied de la lettre les recommandations de son père sur son lit de mort : « Etudie quelque chose, étudie même la médecine à Katmandou, pourvu que tu étudies ». Au sens commun, Dolly est folle, c’est à dire qu’elle suit sa propre logique, ses propres pulsions sans jamais se préoccuper du bien et du mal, étant elle seule détentrice du sens de ces valeurs-là. Comment se manifeste sa folie ? Par la « médecinite », c’est à dire soigner les gens à outrance, n’importe comment si possible, surtout même s’ils meurent en fin de course, la vie n’ayant pas aux yeux de Dolly une importance démesurée. L’arrivée de Fils va cristalliser sa folie sur lui et voilà notre Dolly en train d’opérer à tour de bras son bébé, à titre préventif, curatif et surtout obsessionnel. Pour situer un peu les connaissances de Dolly en médecine, disons qu’elle en arrive à diagnostiquer le cancer aux poteaux télégraphiques et qu’elle greffe un troisième rein sur son fils, n’étant pas sûr du nombre exact qu’il possède de cet organe-là. Ce serait faire affront au talent de Castel-Bloom que d’avoir une simple vue psychanalytique de son roman, l’analysant comme la métaphore de la mère possessive en général, juive en particulier, même si de temps à autre, elle nous lance quelques indices « A quoi sert la maternité si on ne peut pas surveiller parfaitement son enfant vingt-quatre heures sur vingt-quatre ? » et si la fin apaisée de l’histoire nous conduit à la séparation filiale nécessaire et bénéfique. Ce livre est de la pure littérature, c’est à dire que toutes les facettes coexistent simultanément et sont toutes vraies en même temps. Même la facette politique, ce qui expliquerait que ce livre ait été controversé en Israël, Dolly gravant sur le dos de son fils adoptif la carte d’Israël, frontières d’avant 67.
Il y a et surtout une lecture jubilatoire de Dolly-City, une imagination débridée qui ne s’embarrasse d’aucun scrupule, allant chercher au fond du sens et des situations un absurde qui part de l’extrême pour nous montrer qu’après tout, on n’en est pas si loin. Nous entrons par instant dans la narration abstraite où tout est permis, une sorte de Lewis Carrol qui aurait fait un enfant à Alice. C’est un coup de poignard, ou plutôt de bistouri, au coeur de ceux qui se réjouissent de l’agonie du Livre.

Dolly-city
Orly Castel-Bloom

traduit de l’hébreu par
Rosy Pinhas-Delpuech
Actes Sud
206 pages, 100 FF

Folie-city Par Alex Besnainou
Le Matricule des Anges n°5 , octobre 1993.