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Domaine étranger Ni Dieu, ni Staline

juin 1998 | Le Matricule des Anges n°23 | par Eric Naulleau

Monument de l’anarchisme russe paru en 1947, La Révolution inconnue de Voline reste d’actualité. Le mot liberté s’y écrit noir sur rouge.

La Révolution inconnue

Définitif est l’adjectif qui vient le plus volontiers à l’esprit en lisant La Révolution inconnue. L’œuvre maîtresse de l’anarchiste Voline (1882-1945) tranche en effet dans le vif quelques-unes des questions qui, plus de cinquante ans après la première publication de cet ouvrage, jettent encore nombre d’intellectuels dans des abîmes de perplexité. Cet acteur et témoin de premier plan des deux révolutions russes (1905 et 1917) ne s’embarrasse ainsi guère de précautions pour asséner : « Le régime communiste « étatiste » n’est qu’une variété du régime fasciste. », alors que ce problème de l’équivalence des dictatures rouge et brune agite actuellement le Tout-Paris qui pense, suite à la parution du Livre noir du communisme. Quant à la thèse selon laquelle les beaux idéaux de 1917 auraient été dévoyés par le « Petit Père des peuples », son sort n’apparaît guère plus enviable : « Staline n’est pas « tombé de la lune ». Staline et le « stalinisme » ne sont que les conséquences logiques d’une évolution préalable (…) Ce furent Lénine et Trotsky -c’est-à-dire leur système- qui engendrèrent Staline. » Et si l’on ne doute pas que, pour Voline, le bilan de l’Union soviétique soit « globalement négatif », il prend cependant la peine d’en établir l’inventaire détaillé pour solde de tout compte, depuis la faillite de l’économie, de la culture et de l’éducation jusqu’à « l’esclavage complet, absolu, du peuple » en passant par les camps de concentration.
De manière plus générale, l’auteur n’a de cesse de répéter sur tous les tons que la victoire du bolchevisme signifiait inéluctablement la mort de l’idée libertaire et la simple substitution de la tyrannie communiste à la tyrannie tsariste.
L’ouvrage ne manquerait déjà pas d’intérêt s’il ne consistait qu’en ces salutaires mises au point. Mais La Révolution inconnue livre en outre quantité d’inestimables informations sur des épisodes aussi divers que la formation du premier soviet (conseil ouvrier), les grands mouvements anarchistes de Cronstadt et d’Ukraine (l’insurrection makhnoviste) ou les offensives contre-révolutionnaires des généraux Dénikine et Wrangel.
Quelques anecdotes passablement terrifiantes complètent le tableau, comme la disparition dans l’océan Glacial de ces délégués français (et un peu trop critiques) durant le Congrès de l’Internationale communiste de 1920, tandis que Marcel Cachin, zélé thuriféraire des bolcheviques s’il en fut, retournait paisiblement en France donner son nom à quelques dizaines de rues. Ou encore cette conversation entre un tueur de la Tchéka (police communiste secrète) et un anarchiste tolstoïen si convaincu qu’il se refuse même à tuer les poux dans sa barbe : « - Pourquoi donc les jetez-vous comme ça au lieu de les tuer ? - Je ne tue jamais les êtres vivants. - Moi, j’ai supprimé quelques centaines de bonhommes - des bandits, s’entend - et ça ne me fait rien du tout. »
Un autre mérite de cette somme tient enfin à une vue d’ensemble des années pré-révolutionnaires (1825-1905) qui rétablit dans leur cohérence et leur perspective historique nombre d’événements trop souvent confondus avec autant d’images d’Epinal : mouvement dékabriste, guerre de Crimée, assassinat d’Alexandre II, affaire des emprunts russes ou révolte du cuirassé Potemkine.

La Révolution inconnue
Voline
Verticales
776 pages, 239 FF

Ni Dieu, ni Staline Par Eric Naulleau
Le Matricule des Anges n°23 , juin 1998.