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Arts et lettres A l’école du regard

août 1999 | Le Matricule des Anges n°27 | par Thierry Guichard

Le poète pragois Petr Král propose ses instantanés de la cité des Doges. Sous sa plume attentive, Venise s’offre comme un voyage intérieur.

Le Poids et le frisson

Arpenteur du monde et poète, Petr Král est aussi une sorte de peintre de l’instantané. Non qu’il trimballe avec lui pinceaux et chevalet, mais parce qu’il n’a pas son pareil pour, en une phrase, dresser devant nous une scène de la vie quotidienne à la profondeur de champ insoupçonnée. Illustré par le peintre et sculpteur Karel, Aimer Venise vous fera économiser le prix du billet d’avion ou de train. Petr Král prévient : pour qui vient ici en touriste, Venise n’a guère de choses à offrir.
S’il ne s’agit pas de tourner le dos à la Venise des cartes postales, il convient néanmoins de sortir des circuits convenus et d’aiguiser son regard au gris de la ville. C’est dans cette couleur-là, reproduite par certains cieux, mélangée au flou des contours, que Venise se révèle. La visite ici ne met pas la cité à distance, mais, au contraire, rend possible l’osmose entre les lieux, ceux qui y vivent et cet espace intérieur que l’on trimballe dans nos solitudes muettes. Venise avec Petr Král est un tableau dans lequel on se perd.
Son regard sans cesse fait le va-et-vient entre les façades baroques de la cité et les silhouettes souvent humbles des « indigènes ». Ainsi, les meilleurs endroits à hanter pour connaître l’âme d’une ville restent incontestablement les bistrots et les pensions : « on jubile comme nulle part, à Venise, rien qu’à y retrouver sa boutique préférée ou les tenanciers d’un bar dont on est devenu un intime, malgré son anonymat d’étranger ». On croise ainsi, dans ce livre, une multitude de personnages, simples figurants du théâtre vénitien auxquels va toute la tendre sympathie de l’auteur. Ainsi ce « solitaire s’attablant tranquillement, vers une heure du matin, parmi la clientèle chic du Harry’s Bar » qui « malgré son élégance stricte, très britannique (…) semble être venu de chez lui en pantoufles » et prend un temps infini à choisir les plats de son menu « pour finalement commander un simple bouillon et deux tranches de jambon ». Image du double de l’auteur, assurément.
Fréquentant plus volontiers les quartiers populaires, Petr Král traque les détails que le hasard des promenades lui propose pour y faire apparaître le sens caché (« le trésor ») de la cité. Les couleurs, les linges qui sèchent, une silhouette féminine rythment le quotidien de la cité. Parfois, l’âme du meilleur cinéma italien semble descendre sur la place San Marco qu’une pluie nocturne inonde et où brille « l’estrade pour la musique du café Florian. À notre surprise, les musiciens ne l’ont pas quittée, soudain on les entend même entonner, en plein déluge, une dernière valse ; nous écoutons émerveillés, puis nous mettons à applaudir à cette fière sérénade donnée apparemment pour personne (…). Du même coup, pourtant, des applaudissements frêles semblables aux nôtres s’élèvent ailleurs au bord de la place. »
Il y a tant et tant d’images empreintes de cet humanisme rare, qu’on ne peut s’empêcher de refermer ce livre avec une sorte de tristesse aussi douloureuse que douce.Même si « on saura (…) rompre l’envoûtement et quitter Venise sans regret, devinant quel naufrage on peut y vivre à force de plonger en soi. »
Petr Král croque aussi dans le recueil de poèmes qui sort simultanément, quelques villes européennes, Lisbonne (« pour l’heure, rien qu’une serveuse immobile, absente, une nappe immaculée »), Barcelone, etc. On y découvrira, surtout, comme le bilan autobiographique d’un éternel voyageur (Voies). Petr Král est un merveilleux guide, puisqu’il nous donne la sensation d’être, surtout, un frère.

Petr Král
Aimer Venise

(avec des dessins de Karel)
et Le Poids et le frisson
Obsidiane
58 et 92 pages, 72 et 85 FF

A l’école du regard Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°27 , août 1999.
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