La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine étranger La métamorphose de K.

janvier 2000 | Le Matricule des Anges n°29 | par Eric Naulleau

Témoin et victime des barbaries du siècle, un grand écrivain hongrois se cherche des raisons de survivre. Par le joyeux Imre Kertész.

Dernièrement, on me dit souvent que j’ai « changé ». En bien ? En mal ? Je remarque que c’est plutôt en bien et j’ai l’impression que l’on m’en tient rigueur. Ces jours-ci, V. m’a fait des reproches : j’aurais « perdu ma profondeur », je parle de droits d’auteur et de questions matérielles. Comment ? C’est au statut de prisonnier et à l’infantilisme de la dictature que je devrais ma « profondeur » ? Aurais-je vécu quarante ans à l’encontre de ma propre nature, et même simplement à l’encontre de la nature ? Ce n’est pas exclu… moi aussi je constate que j’ai changé, d’une autre manière, il est vrai.«  Imre Kertész, né en 1929 à Budapest, s’avise donc que  »je«  est devenu un autre et se lance en quête de lui-même. Rien d’autre à faire que de s’en remettre à l’écriture, sous l’influence revendiquée de Wittgenstein, au gré d’un carnet de bord/carnet de route/carnet d’exil/carnet d’errance (Vienne, Francfort, Leipzig, Berlin, Hambourg, Bâle, Paris…) et, chemin faisant, de recenser ce qui fait signe et pourrait constituer un indice. Le résultat en est un admirable herbier littéraire, un précieux petit ouvrage dont l’acquisition dispense de tous les livres-bilans -nouveau millénaire oblige- qui fleurissent depuis quelque temps aux devantures des librairies. Ce vieux professeur qui hurle comme un possédé dans la nuit de Leipzig en dit long sur ce que fut le régime est-allemand et sur les blessures qui restent à cicatriser dix années après la chute du mur de Berlin. La situation de l’ »autre Europe«  ne se trouve-t-elle pas idéalement résumée :  »L’âme des petites nations d’Europe orientale, souffrant du complexe du père, noyées dans une perversion sadomasochiste, ne peut apparemment pas vivre sans les grands oppresseurs sur lesquels elles peuvent décharger leur malchance historique, et sans le bouc émissaire des minorités sur lequel elles peuvent reporter la haine et les ressentiments accumulés par les défaites quotidiennes«  ? Quant au problématique statut des juifs en Hongrie, l’auteur joue de ce thème en virtuose au gré d’une palette littéraire qui s’étend du gris muraille au (très) noir humoristique :  »Tout comme un physicien qui n’a pas entendu parler de la théorie quantique n’est pas un physicien, un antisémite qui ne compte pas avec Auschwitz ne peut pas être, pour ainsi dire, un véritable antisémite, crédible, sérieux et, au moins dans le cadre de son idée fixe, formé et informé.«  Ce n’est pas tout. La simple description d’un couple attablé dans un café donne idée du gouffre existentiel qui s’ouvre à chaque instant sous chacun de nos pas ( »On gratte à la caverne de l’énigme du monde… et on passe à autre chose. Comme s’il y avait autre chose !«  pour citer Charles-Albert Cingria). On trouve aussi un inventaire pour solde de tout compte de notre vingtième finissant :  »Avez-vous remarqué que dans ce siècle tout est devenu plus vrai, plus véritablement soi-même ? Le soldat est devenu un tueur professionnel ; la politique, du banditisme ; le capital, une usine à détruire les hommes équipée de fours crématoires ; la loi, la règle d’un jeu de dupes ; l’antisémitisme, Auschwitz ; le sentiment national ; le génocide. Notre époque est celle de la vérité, c’est indubitable." Il y a tout dans cette petite merveille en prose où la concision le dispute à la lucidité. Et même un peu d’espoir par endroits.

Un autre - Chronique
d’une métamorphose

Imre Kertész
Traduit du hongrois par
Natalia et Charles Zaremba
Actes Sud
156 pages 99 FF

La métamorphose de K. Par Eric Naulleau
Le Matricule des Anges n°29 , janvier 2000.