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Domaine étranger Le Mexique en quête d’une nouvelle voie

décembre 2001 | Le Matricule des Anges n°37 | par Thierry Guichard

En octobre dernier, Biarritz accueillait la dixième édition de La Cita, festival des cinémas et cultures de l’Amérique latine. Quatre écrivains mexicains étaient de la fête. L’occasion de faire le point sur une littérature dont le pays a tourné l’an dernier la page de soixante et onze ans de pouvoir secret en élisant pour la première fois un opposant au Parti révolutionnaire institutionnel.

Samba, latino-rock et mojitos bien tassés rythment depuis dix ans le début de l’automne biarrot. Aux couleurs de l’Amérique latine, le festival La Cita propose du continent sud-américain ce qui se fait de mieux en matière de cinéma. Mais désireuse de s’ouvrir aux autres formes de la culture, La Cita accueille depuis 1993 le prix littéraire des Deux Océans qui, depuis 1999, s’est associé au prix Grinzane-Cavour. Remis, il y a trois ans au Mexicain Gonzalo Celorio, il a cette année de nouveau récompensé le Mexique en couronnant À la recherche de Klingsor du jeune Jorge Volpi. Quatre écrivains mexicains avaient donc fait le voyage dans la capitale basque du surf, invités par Philippe Ollé-Laprune, responsable de la partie littéraire du festival, ancien directeur de collection à La Différence et qui vit aujourd’hui à Mexico.
Quatre écrivains pour trois générations : Margo Glantz, fondatrice de la revue Punto de partida en 1966, Juan Villoro qui, la même année, avait tout juste dix ans, Mario Bellatin, né en 1960 et Jorge Volpi, 33 ans aujourd’hui. Seule la première n’est pas encore traduite en France. Pourtant Margo Glantz aurait quelques raisons de l’être : traductrice de Bataille (Histoire de l’oeil), elle avoue l’influence qu’a eue Georges Perec sur son travail :« Il m’a illuminée et m’a permis de voir comment l’autobiographie a changé le point de vue de l’écrivain en s’attachant à de tout petits éléments auxquels nous ne faisons pas attention. » Très intéressée par l’érotisme (et influencée par la littérature japonaise), elle a commencé par écrire des essais sur la Onda (le mouvement littéraire des années 60) avant de se lancer dans la fiction. L’oeuvre de Margo Glantz a bien dû frayer du côté du Nouveau Roman avec Les Naufragés (récit expérimental sans personnage) et s’attache aujourd’hui à suivre le mode autobiographique, ce qui est rare au Mexique. Cette femme dynamique connaît bien la littérature française : elle cite Sade, Diderot, Laclos, Robbe-Grillet.
Pour le lecteur de l’Hexagone, le Mexique littéraire se résume à deux noms : Carlos Fuentes (né en 1928) qui domine la prose mexicaine et Octavio Paz (1914-1998) dont le nom reste attaché à la poésie et qui est le seul à avoir obtenu le Nobel de littérature (en 1990). Les deux hommes, d’ailleurs, ont fondé en 1955 la Revue mexicaine de littérature. Ils pourraient figurer l’archétype de l’écrivain mexicain : grand voyageur, exerçant de hautes fonctions (ambassadeur), tourné tout à la fois vers les autres cultures et vers le passé de son pays.
Le plus important des prix littéraires mexicains porte le nom d’un écrivain qu’on découvre à peine en France : Juan Rulfo (1917-1986). Si son oeuvre n’est guère volumineuse, du moins est-elle primordiale (lire Le Llano en flammes ou Pedro Paramoparus chez Gallimard). C’est en 1945 que Rulfo comence à écrire des nouvelles, sur son enfance tourmentée, prise dans la guerre des cristeros (1925-1929), le soulèvement des états ruraux du Mexique.
Les années soixante apportent une véritable révolution esthétique avec la Onda qui libère le langage : José Agustín, publié récemment par La Différence (notamment Mexico midi moins cinq), en est la grande figure (cf. Lmda No5). Il a libéré bon nombre d’écrivains venus après lui.
Aujourd’hui, mondialisation oblige et malgré le sous-commandant Marcos, c’est par l’économie qu’il convient de passer pour évoquer cette littérature. Comme dans tout le continent sud-américain, les groupes d’édition espagnols ont racheté les maisons mexicaines. Du coup, on voit bon nombre d’écrivains s’interroger sur les problèmes de la réception des livres, comme le soulignait à Biarritz le traducteur Claude Fell. Planeta, la grande maison espagnole, a créé à Santiago la collection « les nouveaux narrateurs chiliens » sur le modèle des nouveaux puritains anglais ou des cannibales italiens. Au Mexique, le groupe du Crack (la crise économique a violemment secoué le Mexique en 1994) regroupe quelques amis pour lesquels mondalisation et littérature semblent pouvoir s’entendre.
De quoi troubler les Français nostalgiques des révolutionnaires barbus… Peut-être alors, la meilleure chose qui soit arrivée à cette littérature fut-elle un film : Amores Perros (Amours chiennes) d’Alejandro Gonzalez Inarritu (né en 1963). Radicale, cette tragédie moderne a été l’an dernier le meilleur ambassadeur de la culture mexicaine dans le monde. Qui sait si le renouveau de la littérature mexicaine ne passera pas par le cinéma, qui inspire déjà beaucoup de ses romanciers ?

Photos : Patrick Tohier

Le Mexique en quête d’une nouvelle voie Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°37 , décembre 2001.
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