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Domaine étranger Un classique désenchanté

décembre 2001 | Le Matricule des Anges n°37 | par Thierry Guichard

Le Maître du miroir

Né en 1956 à Mexico, le plus mexicain des auteurs invités à Biarritz vit… à Barcelone. Sa culture s’est constituée du métissage des continents : son père, né à Barcelone et que les études avaient conduit en Belgique, le place au lycée allemand de Mexico. Pour le jeune Juan « ce fut une éducation extravagante et une expérience d’altérité et de découverte de ma propre langue ». Plus tard Villoro travaille un moment à Berlin pour le compte du ministère des Affaires étrangères. Au Mexique, il animera une émission radiophonique dont le titre en dit long sur l’époque : Dark Side of the moon. Il enseignera à l’Université et dirigera le supplément culturel de La Jornada, le grand quotidien mexicain. Il aura fallu attendre dix ans pour qu’un éditeur français publie son roman en passe de devenir un classique dans son pays : Le Maître du miroir. Nous sommes dans un quartier imaginaire de la grande ville (Mexico), que domine une clinique bâtie sur le modèle de celle de Barraquer à Barcelone. On y soigne les yeux, on y découvre un trafic d’organes, le pouvoir y est invisible. À cet univers clos sur lui-même où souffle le rêve transcendant de son fondateur et où se visualise la mythologie indienne, s’oppose le quartier où vit la famille du narrateur : San Lorenzo. On retrouve là, le ton de la chronique, ce genre particulier du Mexique, description de la vie quotidienne, des accents, des figures qui animent le quartier. La mythologie ici, est celle du père du héros qui se plaît à citer toujours les échecs et les catastrophes de l’histoire mexicaine… Jorge Volpi voit en ce roman, l’un des plus importants parus au Mexique dans les années 70.

Juan Villoro, Le Maître du miroir semble constitué d’une veine fictionnelle (la clinique) et d’une autre qui est celle de la chronique (le quartier). Comment ces deux veines se sont-elles interpénétrées ?
Les deux plans du roman ont à voir avec l’espace intérieur, la clinique, et l’espace extérieur qui est la ville qui l’entoure. À l’intérieur correspond l’univers médical, à l’extérieur celui de la foule, de la vie. Les deux sont fictifs. Dans le cas de la vie de quartier, c’était très subjectif : il fallait inventer des traditions, des noms de rue portant des noms de héros, tout ça pour créer le quartier de San Lorenzo qui n’existe pas. Je voulais qu’il y ait un mélange de niveau de langage comme c’est fréquent au Mexique, ce que j’ai peu lu. D’un côté un langage plus littéraire qui interprète la réalité et de l’autre côté, un langage plus spontané, plus désordonné. Il fallait que les deux se rencontrent comme se rencontrent deux rivières. Ces deux façons d’enfermer la réalité se devaient d’avoir un espace car la ville est faite de couches de temps, d’espaces et de cultures.
Il y a beaucoup d’ironie dans ce livre, comme si c’était le seul humour qui restait aux désespérés. Est-ce lié à un désenchantement face à la situation du Mexique ?
Bien sûr oui. Le roman a été écrit au début des années 90 à un moment de crise très forte. C’était l’époque où l’on négociait un traité économique avec les États-Unis. Le moment où naissait le mouvement du Chiapas. Toute proportion gardée, il y avait une réaction de ma part face à un pays qui était prêt à tout vendre pour subsister. On vendait son corps par morceaux pour payer le loyer, pour vivre dans ce pays. C’est un roman désenchanté, une métaphore de la politique mexicaine. Par exemple, dans Le Maître du miroir, le pouvoir de Suárez, le directeur de la clinique dépend de son invisibilité : dès que le pouvoir est invisible il devient impossible de l’affronter. Pendant de nombreuses années, les administrations mexicaines représentaient ce pouvoir pyramidal… Il y avait une culture de l’impunité, d’où dans le roman ce crime qu’on ne résout pas.
Quel rôle joue la symbolique dans ce roman ? La clinique représente-t-elle le Mexique ; les corps malades, la maladie du corps social ?
La symbolique est très importante à différents niveaux. Comme il s’agit de parler de l’oeil et de la vision, une des interrogations du livre consiste à se demander comment ce que l’on voit nous affecte. D’un autre côté, il y a les symboles représentatifs de la culture mexicaine qui se croisent. Suárez a fait le rêve, rationnel, de soigner les gens mais il possède aussi une vision plus profonde de la vie. Il est habité d’une pulsion médicale et poétique. L’amère leçon de ce roman, c’est que ce rêve ne semble pas avoir d’espace disponible dans le Mexique d’aujourd’hui. Je vois ce roman comme ayant accompagné l’effondrement d’une structure qui a présidé à notre société pendant soixante-dix ans.
Que pensez-vous de la nécessité pour certains écrivains de faire de la world fiction ? De gommer leur identité culturelle ?
Goethe a parlé de ce qui serait aujourd’hui la world literature comme d’une littérature qui engloberait tout le monde possible. Je crois que cela s’applique à tous les grands romans qui explorent à la fois une localité précise et l’univers entier. Ce qui est décisif c’est le degré de ce qui est vraisemblable littérairement. Les romans qui m’intéressent mettent en question les structures mêmes du roman. Je ne crois pas aux romans qui semblent écrits en série. Je ne sais pas si la world fiction peut conduire à la perte d’identité de l’écrivain. Je ne crois pas. Regardez Échenoz avec Je m’en vais : la fuite l’amène à lui-même…
Quelle influence a eu sur vous José Agustín ?
C’est un écrivain très important ! Ses inventions formelles ont mis en contact la littérature mexicaine avec la contre-culture américaine. Mon premier livre de nouvelles (La Noche, 1985) est très proche de son travail. Le lecteur idéal que peut avoir un écrivain c’est celui qui n’a jamais lu un livre par plaisir et qui découvre que c’est possible. Je suis le lecteur idéal d’Agustín !

Le Maître du miroir
Juan Villoro
Traduit du mexicain
par Claude Fell
Denoël
324 pages, 20,58 (135 FF)

Un classique désenchanté Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°37 , décembre 2001.
LMDA PDF n°37
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