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Domaine étranger Les plaisirs perdus

novembre 2002 | Le Matricule des Anges n°41 | par Thierry Cecille

Autobiographie déguisée, maquillée, baroquisée, cette Foutricomédie, parfois exténuante, parfois exténuée, ne nous offre finalement qu’une image partielle de son auteur.

Foutricomédie

Nul doute que Juan Goytisolo tient ici jusqu’au bout le défi qu’il s’est lancé : retrouver l’aisance, le rythme, l’alacrité de modèles romanesques d’un autre temps, plus aventureux (et plus libre ?) : le Quichotte, la Célestine, les romans picaresques ou les contes philosophiques de Voltaire. Le dispositif narratif alambiqué, auquel il faut se laisser aller, joue du manuscrit retrouvé, des notes de l’éditeur, de la confusion des voix et des vies entre le frère Bugeo Montesino, auteur putatif de cette Foutricomédie, le père de Trennes (échappé des Amitiés particulières de Peyrefitte !), membre fervent mais quelque peu hétérodoxe de l’Opus Dei, et l’écrivain dont le nom orne la couverture, nommé ici Juan G. ou moins sobrement Saint Jean de Barbès-Rochechouart. Nous voici, avec eux, transportés de Paris à Tanger, de l’Espagne post-moderne (« pays de la sottise et de la dérision ») à celle de l’Inquisition (les pages les plus enlevées racontent à bride abattue les aventures de don Guzman de Alfarache), en des sauts et soubresauts mêlant les réincarnations et transmigrations d’âmes pécheresses. Car toutes, ici, « en sont » -comme dit Proust aussi bien que nos beaux-frères- et Genet (citation authentique ou apocryphe ?) peut apostropher le narrateur d’un « vous me faites chier avec vos histoires de tantes ! » Ira-t-on jusque là ? On peut sourire de cette sorte d’épicurisme revendiqué contre quelque ordre moral et religieux que ce soit, on peut suivre avec une curiosité amusée ces « créatures », dignes de l’imagination d’un Bosch, sortes de femmes-hommes-oiseaux-anges-éphèbes-bourreaux d’un univers qui rassemble de nombreuses mythologies homosexuelles. L’écriture plaisante, qui se sert de métaphores et périphrases théologiques et mystiques pour présenter les éjaculations comme des « oraisons jaculatoires » et les vespasiennes parisiennes comme des « chapelles », s’avère pourtant, à la longue, redondante -et le sacrilège fait long feu.
La talentueuse faconde du conteur érudit ornemente en fait une longue litanie nostalgique et égotiste de rencontres, conjonctions de hasard, ces « tricks » que racontait Renaud Camus dans les années 70 (et lui, alors, faisait scandale), entre le boulevard Barbès et les toilettes de la Gare du Nord. Voici un hymne à la virilité farouche des Maghrébins silencieux et rétribués, et des Turcs moustachus et placides, tendres et virils, voici la complainte un peu répétitive d’une ère à laquelle le sida, « le monstre à deux syllabes », a mis fin, dans les boîtes S.M de New York comme dans les « tasses » de Paris. L’évocation de ce temps perdu frôle même parfois dangereusement les ragots de happy few, quand on rencontre Barthes ou Severo Sarduy dans quelque hammam fréquenté. On peut le regretter car ces épisodes, précisément, ne furent qu’épisodes dans une vie bien plus riche : l’intellectuel engagé que demeure Goytisolo fit ainsi partie, au printemps dernier, dans les territoires occupés, de la courageuse délégation du Parlement des écrivains (Le Voyage en Palestine, Climats), l’amoureux de la poésie arabe ou de la Turquie nous emmena naguère en un parcours initiatique À la recherche de Gaudi en Cappadoce -quant à l’homme, avec son homosexualité mais aussi son universalité, mieux vaut le retrouver dans les deux volumes de son autobiographie, une des plus riches de l’époque qu’il a traversée, alliant l’humanisme perspicace d’un Canetti à la douleur transfigurée d’un Reinaldo Arenas : Chasse gardée et Les Royaumes déchirés.

Foutricomédie
Juan Goytisolo
Traduit de l’espagnol
par Claude Bleton
Fayard
276 pages, 20

Les plaisirs perdus Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°41 , novembre 2002.
LMDA PDF n°41
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