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Domaine étranger Quitter le froid

novembre 2002 | Le Matricule des Anges n°41 | par Emmanuel Favre

Une femme entre en résistance pour ne pas être dépossédée d’elle-même. Le troisième roman de Peter Stamm, tout en pudeur, libère les heurts d’une vie minuscule.

Il neige souvent dans les romans de Peter Stamm. Il fait souvent froid et sombre et la vie des personnages s’apparente souvent à celles des éléments. Des vies engourdies par le manque de lumière, soumises aux hivers qui s’étirent et aux printemps tardifs, où le silence règne en maître et où il est de bon ton de savoir se satisfaire de ce que l’on a. D’ailleurs si au détour d’une conversation vous demandez à l’un des personnages comment fut sa vie, il y a fort à parier qu’il vous réponde de manière laconique : « Froide. J’ai eu froid tout au long de ma vie. »
Kathrine est employée des douanes dans un minuscule village du nord de la Norvège. À 28 ans, elle vient de réaliser que son second mariage n’a pas plus de raisons d’être que le premier, qu’elle a de plus en plus de mal à supporter sa vie. Délaissant mari et enfant, elle décide de partir vers le sud.
Portrait éclaté d’une femme aux abois, voyage à travers le temps -où le caractère discursif du récit fait s’échouer les dates et trouble l’ordre établi-, Paysages aléatoires est le « livre-miroir » d’Agnès, le premier roman de Peter Stamm qui débutait ainsi : « Agnès est morte. Une histoire l’a tuée. Il ne me reste d’elle que cette histoire. » Agnès est le récit d’une relation amoureuse où le virtuel prend peu à peu le pas sur la réalité. Le narrateur, chargé d’écrire un livre sur les trains de luxe, rencontre Agnès dans une bibliothèque municipale. Ils décident de vivre ensemble, une vie douce et tranquille, sans heurt et sans passion. Jusqu’au jour où Agnès lui demande d’écrire la suite de leur histoire. Lisant sur l’écran de l’ordinateur un destin devenu son destin, elle finit par s’y conformer jusqu’à la mort… Sous couvert d’une fascinante histoire d’amour où chaque mot semble devoir annoncer une fin inéluctable, Stamm s’interroge en vérité sur les pouvoirs de la littérature, et sur les relations qui peuvent s’opérer entre un personnage, un auteur, un lecteur et une histoire.
Paysages aléatoires va encore plus loin, poussant jusqu’au paroxysme le rapport que chacun entretient avec le récit de sa propre vie. À l’inverse d’Agnès, Kathrine a compris que certains mots peuvent tuer si l’on n’y prend garde. Thomas est un menteur invétéré, un mythomane. Kathrine le quitte. « Mais tout le monde ment » lui dit quelqu’un. Elle-même, dans le train qui la conduit à Paris, ira jusqu’à s’inventer une carrière de danseuse, un mari généticien, des tournées triomphales au Japon en parlant avec un jeune homme. « Elle pensa, ça n’a aucune importance ce que je lui raconte. Et alors elle voulut voir quel effet ça faisait de mentir à quelqu’un, d’inventer une histoire. (…) Elle s’interrompit. (…) Elle se sentait pitoyable, et plus rien ne lui venait à l’esprit qu’elle aurait pu encore raconter… »
Ce n’est pas une mince affaire que de quitter sa vie, de disparaître comme le fait Kathrine. Sans doute parce que l’on finit toujours, à un moment ou à un autre, par se retrouver face à soi-même, ici ou ailleurs. Que l’on ne voyage pas seulement pour parcourir le monde, mais pour apprendre à se connaître. À un moment donné, Kathrine se souvient d’un jeu auquel elle jouait enfant. Un des participants se plaçait de dos. Les autres s’approchaient de lui et devaient s’immobiliser quand il se retournait. Lorsque c’était son tour, Kathrine était terrifiée, persuadée que les autres se précipiteraient sur elle dès qu’elle tournerait le dos. À la fin de son périple, forcée d’admettre que le monde situé au sud du Cercle polaire n’est pas si éloigné du sien, Kathrine n’aura plus peur de tourner le dos aux autres, de s’ancrer à nouveau dans un paysage qu’elle aura au préalable pris soin de réorganiser.
Paysages aléatoires confirme l’univers si singulier de Peter Stamm. Avec son écriture sèche, dépouillée jusqu’à l’extrême, ses personnages en apparence ordinaires mais traversés par d’insoupçonnables tensions, il semble puiser sa source dans le cinéma d’Ingmar Bergman.

Paysages aléatoires
Peter Stamm
Traduit de l’allemand
par Nicole Roethel
Christian Bourgois
224 pages, 18

Quitter le froid Par Emmanuel Favre
Le Matricule des Anges n°41 , novembre 2002.
LMDA PDF n°41
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