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Revue 21/04/2002

janvier 2003 | Le Matricule des Anges n°42 | par Thierry Guichard

Lignes N°9

Alain Badiou, Alain Brossat, Jean-Paul Curnier, Emmanuel Renault, Philippe Hauser, Jacob Rogozinski, Jean-Paul Dollé, Jacques Mucchielli, Maria Muhle, Olivier Le Cour Grandmaison, Paolo Persichetti

La neuvième livraison de Lignes consacrée à la dernière élection présidentielle en France donne un regret : que les textes qui s’y trouvent n’aient pas été écrits avant le 21 avril dernier. Cette boutade en forme de reproche est aussi un hommage à la philosophie : plus que jamais peut-être Lignes montre à quel point la pensée nous est nécessaire pour faire face aux conditions qui nous sont faites aujourd’hui. S’il s’agit d’aborder le cataclysme que fut l’arrivée de Le Pen au second tour de la présidentielle c’est surtout une condamnation qui est portée ici aux manifestations antifascistes du premier mai. Cet apparent paradoxe pour nous qui fûmes portés par l’émotion à descendre dans la rue, n’en est pas un dès qu’on a lu le premier texte du dossier. Alain Badiou, en effet, applique aux événements d’avril-mai derniers une méthode philosophique qui décille efficacement notre regard sur ce qui s’y est joué ou plutôt, pour reprendre le mode du regret désespéré qui transparaît dans tout le numéro, sur ce qui, justement, ne s’y est pas joué. L’intolérable n’étant pas tant la présence de l’extrême droite au second tour que le renoncement populaire (et militant) à ce que les choses changent. En démontrant que le vote n’est pas l’expression de la liberté des opinions, en prouvant combien Le Pen est « homogène au parlementarisme français », et que ce parlementarisme français est « un petit bonheur négatif, sans objet, sans Idée. Une perpétuation satisfaite », le philosophe montre que ceux qui descendirent dans la rue en masse livrèrent leur force active, l’aliénèrent tout entière, à la perpétuation du même, à l’absence de politique. « On vote pour persévérer, et non pour devenir » dit-il dans une formule qui résume fort bien un axe de sa pensée. Alain Brossat est à l’unisson, sur un ton plus acide et agressif (il parle « d’attroupement de la panique » pour évoquer les manifestations du premier mai). Montrant qu’à l’horizon de toute velléité alternative politique, la domination (la banque mond

Lignes N°9
233 pages, 16
Éditions Léo Scheer

21/04/2002 Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°42 , janvier 2003.
LMDA PDF n°42
4.00 €