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Domaine français Autoportrait en sourdine

septembre 2003 | Le Matricule des Anges n°46 | par Benoît Broyart

Deux publications (choix de lettres et carnets) permettent de mieux cerner l’homme que fut Henri Thomas (1912-1993) : un sauvage aux semelles de vent. Un éclairage passionnant.

De profundis Americæ

Choix de lettres, 1923-1993

Qui était cet homme voué tout entier à son travail d’écriture, n’aimant pas les honneurs officiels il refusa tout de même la Légion d’honneur et déclina une invitation à entrer à l’Académie française, forant chaque jour ou presque et adoptant plusieurs formes littéraires (romans, nouvelles, poèmes, critiques) pour ramener les pépites qui font de son univers un lieu si particulier ?
La parution simultanée de deux ouvrages complémentaires on lira les carnets américains à la lumière des lettres envoyées par Thomas à la même époque permet de faire une part de lumière sur un écrivain dont les lecteurs restent encore trop rares aujourd’hui. Et pourtant, parce qu’elle est empreinte de l’inquiétude permanente de vivre et nourrie de pudeur, l’œuvre de Henri Thomas se révèle le plus souvent d’une force redoutable. Difficile de rapprocher l’écrivain de ses contemporains. On pourrait, peut-être, lui trouver quelques traits communs avec un autre singulier du XXe siècle, Emmanuel Bove (1898-1945), même si chez Thomas, la noirceur est moins affichée, presque souterraine. Un espoir indéfectible la voile, un certain appétit d’exister malgré tout.
Le choix de lettres établi par Joanna Leary (lire ci-contre) constitue le très beau résultat d’un travail titanesque. En effet, comment choisir 297 lettres parmi les 4 000 missives retrouvées et surtout, comment parvenir à construire grâce à elles un livre aussi haletant ?
Les lettres rassemblées s’étalent sur soixante-dix ans, de 1923 (l’écrivain a onze ans) à 1993 (date de sa mort) ; elles couvrent donc une bonne partie du vingtième siècle. Jeune soldat aux prises avec une invraisemblable guerre puis démobilisé, traducteur pour la BBC à Londres avant de devenir professeur aux États-Unis, bientôt écrivain réfugié sur l’île d’Houat, etc. Thomas, depuis son départ des Vosges où il est né, passera sans cesse d’un lieu à un autre, s’attachant chaque fois à trouver de quoi vivre pour écrire et un environnement un tant soit peu propice à la création.
Fort d’une belle structure, chapitré selon les périodes de la vie de l’écrivain, ce livre propose des notices précieuses sur certains anonymes destinataires des lettres. Mais pour autant, ces repères n’alourdissent en rien l’ouvrage et les lettres de Thomas se lisent comme le roman d’une vie mouvementée et difficile.
Dans ses lignes adressées entre autres à Gide, Dhôtel, Paulhan, Jaccottet, au poète Armen Lubin ou au traducteur Pierre Leyris, Thomas livre de nombreuses réflexions sur ses projets d’écriture : « Je vois pour les années à venir trois choses à écrire ; je me suis mis à la première et cela se développe comme un gros polype assez dégoûtant, un cancer d’encre au sein de mes cahiers ; je l’aime, j’y respire dans un monde à moi » (1937) ; l’évidence de l’écriture : « Je crois que la fiction d’un bon roman est une réalité en soi aussi cohérente, serrée je dirais : fatale, que la réalité nue elle-même, et qu’il n’y a pas de bon roman sans cette nécessité inéluctable qui surgit à un moment donné, après les tâtonnements ; c’est comme une figure qui naît dans la tapisserie, de quelque sorte qu’on jette les fils, pourvu que la main soit possédée par le vrai démon de la fiction » (1939) ou encore la difficulté à vivre : « Ma part a été de me trouver souvent dans des situations « impossibles », ainsi professeur en Amérique alors que je n’avais enseigné nulle part marié à une folle, etc. puis à une femme qui meurt plus jeune que moi de quinze ans et puis l’énigme de ma fille qui grandit et me voit. Ces sortes de changements et de renversements dans la réalité, je ne pouvais qu’essayer de les compenser par quelque chose d’invariable en moi et ce ne pouvait être que l’écriture, qui implique une certaine fermeté. » (1969).
Les carnets américains proposés par les éditions Le Temps qu’il fait sous le titre De profundis Americæ apportent un éclairage différent sur l’écrivain. L’auteur du Promontoire avait pour habitude de coucher régulièrement ses impressions sur le papier. Sous la forme de notes courtes destinées à l’écrivain lui-même, les carnets couvrent la période de deux ans (1958-1960) durant laquelle Thomas fit l’expérience de l’enseignement à l’université de Brandeis, près de Boston. L’écrivain y décrit une Amérique imbécile, obsédée par le profit et l’automobile : « Le produit le plus commun de cette civilisation, c’est le bonhomme ventru, bouffi, maussade (méfiant), le cigare aux lèvres. Il n’a pas fait cinq kilomètres à pied depuis dix ans. » L’homme repartira profondément dégoûté par la société américaine. On est frappé, à la lecture, par l’actualité des observations de Thomas.
En empruntant des chemins différents, ces deux ouvrages parviennent au même résultat : faire retentir la voix quotidienne de Thomas, celle qui au-dehors de la fiction et malgré la posture inévitable de l’écrivain rédigeant une lettre, livre une infime partie de l’intimité de l’homme.

Henri Thomas
Choix de lettres
1923-1993
Gallimard
544 pages, 31,50
De profundis Americæ
Le Temps qu’il fait
208 pages, 18

Autoportrait en sourdine Par Benoît Broyart
Le Matricule des Anges n°46 , septembre 2003.
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