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Avec la langue L’ouverture de la chasse

janvier 2004 | Le Matricule des Anges n°49 | par Gilles Magniont

Où l’on voit que diverses professions se donnent la main pour masquer la réalité.

Noël, Noël dans la ville de Douai, qui sait offrir du loisir à ses heureux administrés. S’ils repèrent telle ou telle anomalie, ils pourront en informer la police. Grâce à quoi, nos nouveaux travailleurs sociaux seront baptisés du doux nom de « citoyens-relais ». L’opération ne doit pas être mal comprise : il s’agit, bien sûr, de porter assistance à tous ceux qui souffrent indûment et le commissaire du coin d’évoquer alors les terribles cas de « maltraitance ».
Ah la la la maltraitance. La voilà baignant d’onction la plus grossière des périphrases : s’il y a bien des manières de dire (du délateur à l’informateur, de la balance aux indics) nul doute que ce citoyen-relais rayonne d’une aura toute particulière. On y rencontre deux des valeurs les plus couramment agitées : le citoyen, dont nos oreilles sont si pleines qu’il donne illico envie de se fourrer dans les jupes de la première dictature venue ; et puis le relais, cette sportive (et si sympa) image de l’entraide le groupe, le don de soi, le Téléthon, tout se mêle en une atroce sarabande. Bravo donc à la ville de Douai, qui rappelle que l’euphémisme est une des figures préférées du maintien de l’ordre. Dans une société où fleurissent techniciens de surface et demandeurs d’emploi, il y aura toujours un peu de place pour les citoyens-relais.
Il ne faudrait toutefois pas croire le citoyen-relais tombé du ciel ; ce ne sont pas un maire et deux conseillers en communication qui l’ont forgé ex nihilo. On lui connaît au moins une ascendance : l’adulte-relais. Son père, ou tout comme, tant les deux composés se ressemblent. Le plus vieux n’a que quelques années. C’est en 1999 qu’il semble ouvrir ses yeux de velours sur le monde, dans le cadre des dispositifs afférents aux « quartiers en difficulté » l’adulte-relais, à en croire les décrets ministériels, aurait alors pour tâche de veiller au « soutien de la fonction parentale » comme à « l’amélioration des rapports sociaux » (beaucoup de boulot). Mais cette naissance officielle ne doit pas faire oublier de plus obscurs et lointains vagissements : ça fait un bail que les pédagogues institutionnels, en charge d’introduire les jeunes enseignants dans leurs nouvelles fonctions, leur serinent qu’ils doivent agir en adulte-relais. Par exemple, s’ils distinguent dans la classe un problème (Jérémie dort debout, Pascal a des marques, Cindy pleure pour un rien), il ne s’agit surtout pas d’en faire une affaire personnelle, surtout pas. C’est déjà bien d’avoir remarqué la chose, maintenant il faut en référer à une autorité compétente, un psychologue, une assistante sociale. Je « repère » ainsi le « public en difficulté » dans le cadre d’une « démarche d’équipe » : j’ « analyse les informations » : « déficit d’ordre notionnel » et/ou « déficit d’ordre méthodologique » et/ou « difficulté d’ordre comportemental » et/ou « difficulté d’ordre social-familial-médical »… avant de « passer le relais à d’autres partenaires »*.
Moralité : il est un peu tard pour hurler au flicage, comme il est un peu déplacé de taper sur les mouchards masqués, quand les profs eux-mêmes sont les premiers à faire grimacer le langage. Aux uns comme aux autres, on se bornera à rappeler ici la première utilisation de relais. À l’origine, le terme désigne certains chiens qu’on poste sur un parcours de chasse, afin d’en remplacer d’autres gagnés par l’épuisement. Donner le relais, c’est donc tout simplement lâcher les chiens.

* Cette prose est empruntée au site internet de l’Académie d’Orléans-Tours.

L’ouverture de la chasse Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°49 , janvier 2004.