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juillet 2004 | Le Matricule des Anges n°55 | par Xavier Person

À sa manière paradoxale, Enrique Vila-Matas nous livre cinquante-deux chroniques nécrologiques anticonformistes. Ne rien dire n’est pas ne rien écrire, même s’il ne reste rien, aucun détail.

Pour en finir avec les chiffres ronds

Pour rendre hommage à la méthode négative d’Enrique Vila-Matas, qui consiste ici à affirmer sa haine des chiffres ronds en inventant dans cette suite de chroniques nécrologiques des anniversaires bancals, tels les 99 ans d’Artaud, les 422 ans de John Donne ou les 282 ans de Sterne, on ne retiendra dans cette rubrique d’ordinaire dévolue au seul détail d’un livre aucun détail particulier. Mieux encore, on affirmera que, de détail, ce livre n’en possède proprement aucun, qui précisément prend le parti de ne pas faire dans le détail, se refusant à ne rien écrire que dans cette sorte de refus d’écrire qui caractérise l’auteur de Bartleby et compagnie, s’avançant le plus souvent dans une phrase pour mieux s’y reculer, retourner cette phrase en son contraire qui l’annule, en une pirouette qui revient à dire en clair, comme il le fait dire à Cioran, que « le fait que la vie n’ait aucun sens est une raison pour vivre, l’unique en réalité ».
Un livre sans détail, sans matière, est-il possible ? N’est-il donc dans ce livre aucune phrase sur laquelle prendre appui pour en dire le style paradoxal ? La question du style précisément est posée dans la chronique consacrée aux 87 ans qu’aurait eus Pavese au moment où écrit Vila-Matas, s’il ne s’était pas suicidé après avoir refermé son journal sur des phrases telles que : « On ne peut finir avec style (…). Tout cela me dégoûte ». Avoir du style dès lors, puisque comme l’écrit Calvino, la littérature ne peut nous enseigner aucune méthode pratique, mais seulement des positions, c’est « se camper face à la vie », dans une lucidité tant morale qu’esthétique, face à la vie et donc du côté de la mort, du point de vue de la mort même, en tant que mort à la vie.
Écrire n’est alors possible que sur le fil où une phrase s’avance à partir de son impossibilité, littéralement insaisissable, trouvant dans sa négativité sa valeur, ne se constituant en détail possible, en fragment d’un tout, que pour en saper le fondement, en esquisser le désastre comme sa plus sûre perspective. Pour en finir avec les chiffres ronds, chacune de ces subtiles chroniques ne s’en referme pas moins à chaque fois sur une sorte de zéro. À sa manière ironique, amusée et sceptique à la fois, toujours très triste et très drôle en même temps, Enrique Vila-Matas excelle à ne presque rien dire pour ainsi dire des écrivains auxquels il rend hommage, que ce rien qui est au départ et somme toute à l’arrivée de leurs œuvres, qui les traverse et les fonde.
Qu’il s’agisse de Perec, pour qui écrire revenait à arracher des fragments au vide, ou de Celan son presque frère qui lui non plus ne put jamais se remettre de la mort de ses parents en camp de concentration, qu’il s’agisse d’écrire La Disparition ou La Rose de personne (« Un rien/ nous étions, nous sommes, nous/ resterons, en fleur :/ la rose de rien, de/ personne. »), c’est toujours un dire qu’une écriture instaure, qui ne sépare pas le oui du non, maintienne l’ombre du non sur le oui, ne soit possible jamais, comme écriture, qu’en cette négation qui menace toute affirmation. C’est toujours réactiver le paradoxe. Poser celui-ci comme déclencheur d’écriture. Écrire qu’on est mort, que c’est fini, commencer là. Puis écrire qu’on est vivant, qu’on peut aimer être vivant, intensément, à cause de la mort même.

Pour en finir avec les chiffres ronds
Enrique Vila-Matas
Traduit de l’espagnol par Pierre-Olivier Sanchez
Passage du Nord/Ouest, 236 pages, 17

Finir Par Xavier Person
Le Matricule des Anges n°55 , juillet 2004.
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