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Avec la langue Vertiges de Van Damme

septembre 2004 | Le Matricule des Anges n°56 | par Gilles Magniont

Qui parle là ?, sinon le karatéka, de prétendus exégètes et puis personne.

Avec l’Initiation à l’ontologie de Jean-Claude Van Damme1, le lecteur ne sait pas trop sur quel pied danser. À première vue, rien de trop compliqué, ou d’inusité : voilà déjà un moment que la grotesque figure de l’acteur « belgo-américain » prête à rire, et que les efforts de sa réflexion font la joie du public. Ici, alors, on feindrait de le prendre tout à fait au sérieux, on donnerait toute latitude à son sabir texan-flamand. En approfondissant d’audacieux concepts, comme le « feeling de la Vérité » ou les « muscles du spirit » ; en rappelant quelques énoncés fondateurs, tel le précepte 8451-K (1999), cité note 25 p.59 : « La vie appartient à tous les vivants » ; en dessinant même une nouvelle école de pensée : si le métaphysicien Van Damme n’a pratiquement jusqu’à ce jour laissé aucun écrit, et s’il peut donc à ce titre rappeler Socrate, nul doute alors qu’on puisse parler d’une école « prévandammienne » (Dolph Lundgren, Steven Seagal, Chuck Norris bien sûr) au même titre qu’il est des présocratiques.
Seulement, s’il s’agissait d’éprouver tout du long le ridicule du karatéka, encore faudrait-il s’étendre à loisir sur ses propos. Or rien n’est moins sûr : « que l’on ne s’attende pas à trouver », avertit sans crier gare l’auteur, « une collection de citations de Jean-Claude Van Damme ». Elles sont en effet fort rares ; ce qui n’empêche pas l’analyse, bienheureusement libérée de son encombrant objet, de fonctionner alors à plein régime. À chacun de donner son interprétation du phénomène, selon qu’on coule avec les Belles-Lettres « Les temps de Messieurs Maurras, Péguy et Morand ont fait place à d’autres valeurs, à de nouvelles formes de culture », qu’on se noie dans tel ou tel courant théorique l’awarisme comme « phénoménologie du néant » ou comme « être-aware (awarische-dasein) » ? ou qu’on évolue plus prudemment dans les eaux de la modernité : « Van Damme est revenu en amont de la philosophie pour mieux déstabiliser ce qui faisait socle dans la philosophie dite conventionnelle »… Ronde des linguistes, sociologues et psychiatres, ballet des références en bas de page, querelles de clocher relevées du jargon scientifique ad hoc : Van Damme ne serait donc que le prétexte d’un exercice à la Perec, pastiche presque indiscernable des interventions spécialisées.
Quoique pas tant spécialisées : expliquer le succès de Van Damme par l’ « anarcho-libéralisme », le « culte du corps et du moi » et l’ « hédonisme consumatoire » de l’époque, voici qui n’a rien de trop exotique. On entend, on dit bien des choses dans le flot moyen des conversations adultes, pourquoi pas ça. Une idée comme une autre, qui s’est coagulée, qui peut être reprise au vol. Purement des mots, qui semblent aller tout seul et tenir debout, qui peuvent en entraîner d’autres encore, sans avoir besoin de s’enquiquiner avec le réel. Comme dans les tirades de Matamore, le héros burlesque de l’Illusion comique : « J’avais des rendez-vous de toutes les princesses/ Les reines à l’envi mendiaient mes caresses/ Celle d’Ethiopie et celle du Japon/ Dans leurs soupirs d’amour ne mêlaient que mon nom/ De passion pour moi deux sultanes troublèrent/ Deux autres pour me voir du sérail s’échappèrent ». Corneille ne donne pas tant à rire d’un soldat fanfaron qu’il s’éblouit de construire un discours qui s’engendre de lui-même. Princesses, caresses, sultanes, etc. ou anarcho-libéralisme, culte du corps, hédonisme : autant de collages successifs, plus personne ne parle vraiment, c’est le langage seul qui est donné à voir.

1 de Léon Ferdinand-David Vandermeulen, aux éditions 6 Pieds sous Terre (96 pages, 12,50 )

Vertiges de Van Damme Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°56 , septembre 2004.
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