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Domaine étranger L’Amérique d’en bas

octobre 2004 | Le Matricule des Anges n°57 | par Emmanuelle Bal

Chroniqueur des années 30, James T.Farrell décrit avec fantaisie et brutalité le destin de ceux dont les lendemains ne chantent guère.

Mac Ginty (Gas-House Mc Ginty)

Allô, ici les ordres… » Voilà la ritournelle rythmant les journées des employés du Bureau des ordres assignés à l’accueil téléphonique pour la réception des commandes de la Compagnie des Messageries Transcontinentales de Chicago, en 1928. Le message est souvent entrecoupé de bribes de leurs conversations, railleries et jurons, ou interrompu par l’irruption du Directeur Général au Trafic, Ambrose Mac Ginty. La cinquantaine, l’homme tient à sa position hiérarchique comme à la prunelle de ses yeux. Il estime même n’être pas reconnu à sa juste valeur car il est plus intelligent que les autres et qu’il a tout de même réussi à réduire « les heures supplémentaires de 1,3688 par homme et par semaine » !
Le travail est l’un des thèmes de ce roman social de James T. Farrell, né en 1904 dans une famille pauvre de petits bourgeois irlandais catholiques. Pour Mac Ginty, c’est une manière de se mesurer aux autres et de bomber le torse. Farrell souligne la position centrale du travail dans l’esprit des ouvriers de l’époque mais aussi l’angoisse qu’il suscite. Il pose également la question de l’après-travail, limité au cinéma ou à la lecture du journal à cause de la fatigue, et celle des vacances. Mais Yolande Rasle, directrice de cette collection, met en garde le lecteur : si le roman, à sa sortie, a surtout été repris dans les colonnes de revues de sciences humaines, il n’a pas seulement une « résonance sociale » mais « des qualités techniques ».
En effet, le tempo ne fléchit pas grâce aux nombreux dialogues, à la variété de taille des chapitres et aux réparties téléphoniques relevant parfois du comique, formant des saynètes à l’intérieur du texte. La langue reflète la gouaille des rues, tantôt salée et piquante, tantôt vulgaire et plate, déprimante.
Farrell, lecteur de Freud, place le rêve au premier plan : un long et instructif chapitre décrit un rêve de Mac Ginty, entrecoupé de gifles de sa femme acariâtre gênée par ses mouvements brusques dans le lit, où s’expriment son désir de puissance et son appétit sexuel, et où apparaissent des personnages de son quotidien dotés d’attributs du folklore irlandais et de l’imagerie des enfers, sous la houlette de Saint Patrick et de Dieu. Sa femme, à l’inverse de la réalité, apparaît dans ce rêve comme une reine débordant de désir et admirative de son mari. L’habileté de l’écrivain, encouragé vers l’écriture par ses professeurs d’université alors qu’il se distinguait surtout par ses performances au base-ball, se manifeste encore avec un personnage lisant son journal. En deux pages, se déploie une revue de presse de l’époque, instructive et très moderne, rédigée avant l’heure comme un inventaire à la Perec.
Aux États-Unis, Farrell est classé dans l’histoire littéraire comme « l’écrivain prolétaire des années 30 » en marge. Il montre des personnages influencés par leur environnement, à la manière d’un Marx, pour lequel l’existence sociale détermine la conscience. Il s’investit dans le socialisme et se rallie à Trotsky. Mais Farrell ne distille pas de théorie politique ni ne démontre la nécessité d’une révolution. Il s’arrête à la description, sans note lyrique, comme le fait Zola, qui l’a pourtant inspiré. Son propos est assez pessimiste. Il dépeint un monde rude, où l’homme n’a que peu de chances de progresser, où les homosexuels sont rejetés, les femmes peu amènes et cantonnées dans leur fonction biologique.
Mac Ginty quitte le roman comme il en est entré, cheminant dans la rue dans un mouvement d’éternel retour. Cependant, entre-temps, se seront déployés des pans de vies, des rêveries et des échanges souvent dérisoires, mais qui, bout à bout, composent une trajectoire, avec ses maigres espoirs, ici donnés à la jeunesse, seule capable, par les études ou avec un peu de chance, de s’élever.

Mac Ginty
James T. Farrell
Traduit de l’américain par Jacques Asselin
Éditions du Murmure, « En dehors »
(9, allée des Marronniers, 21800 Neuilly-lès-Dijon)
265 pages, 20

L’Amérique d’en bas Par Emmanuelle Bal
Le Matricule des Anges n°57 , octobre 2004.
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