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Domaine français Leur vie folle

janvier 2005 | Le Matricule des Anges n°59 | par Camille Decisier

Emmanuel Adely rend un hommage cruel à ceux qui, dévorés par le besoin d’aimer, cherchent encore à savoir comment.

Soit un père, Daniel, chômeur désespéré depuis six mois ; Roberta, sa femme, désespérée et dépressive ; leurs trois enfants, des jumeaux en plein apprentissage du désespoir et de l’amour amoureux, et le petit dernier, 11 ans, victime du manque d’amour chronique ; l’aîné enfin, Franck, né d’un orageux premier mariage, qui distribue de l’amour sans espoir à tour de reins dans les parkings de la cité, à des hommes plus âgés que lui. Voilà pour figer le contexte, pour donner la mesure de tout ce désespoir et pouvoir s’en débarrasser, parce que Mon amour n’a rien, rien, rien de désespérant.
Par les mots, par la violence du corps, par la violence des mots, par le souvenir, chacun cherche obstinément, sans désespérer, son amour. Et ne se laisse pas démonter par la variété de définitions qu’un même mot peut recouvrir, ni par les lacunes d’un vocabulaire qui n’a plus vraiment de sens lorsqu’il s’agit de verbaliser un sentiment. Et se bat pour trouver une formule qui lui soit propre mais ne le désunisse pas, pas trop vite, des autres.
Emmanuel Adely se met ici, encore une fois, en danger : sa syntaxe syncopée, brouillonne, répétitive, déséquilibre d’emblée le roman, qui menace de tomber des mains des contempteurs de l’écriture orale, d’aller vivre entre d’autres sa vie très particulière. L’écriture, ressentie cryptée, encodée, nargue, interpelle, promet. On y voit, on n’y voit pas, un parallèle avec la manière dont la vie, parfois, se fait narquoise, entêtante. Mais l’oralité est maniée avec respect, et la langue, bien que déconstruite, reste saine. Certes, il faut supporter l’habillage stylistique, surmonter la difficulté des dix premières pages, déconcertantes. Qui aura cette patience verra s’opérer sous ses yeux, par ses yeux, une curieuse et triple alchimie, celle de l’œil et de la phrase, du lu et de l’écrit, de l’écrit et du parlé. Le regard s’habitue, devient aussi hagard que le mot, aussi fragmentaire que la phrase. Des lettres sautent, des lignes se recollent, s’envolent, se remplacent, s’ignorent, s’amputent. Soudain, aucune autre présence que celle des personnages en pleine recherche, devant lesquels Adely s’efface, devant lesquels nous nous effaçons, pour leur laisser la parole, pour entendre leurs maux. De lecture il n’est plus question, et bien fait pour la littérature.
La prose d’Adely, un peu trash, un peu poétique, parle d’un désespoir jamais galvaudé, simplement donné à voir, donné à entendre, et qui ne se limite pas à lui-même mais qui, matriciel, engendre, délivre, accouche. Ses deux précédents romans, Jeanne, Jeanne, Jeanne et Fanfare, procédaient d’une double quête identitaire, non pas dans le but de se trouver soi-même, mais plutôt pour éprouver un improbable sentiment d’appartenance ; Mon amour conserve cette ambition, fouille la précarité pour y trouver l’élément minuscule qui rattache. Ce qu’il dit de l’amour fait souvent mal, mais les tentatives sont belles justement parce qu’elles contredisent le désespoir contextuel, la dépression, le pourrissement social. Sans doute parce que chercher, c’est croire encore.
Il ne faut rien dire de la fin. Peut-être, simplement, citer le dernier paragraphe, qui livre une image belle, peut-être enfin exacte. « Il hurle, il crie, il gémit, il gigote, et tous les deux ils hurlent, ils crient, ils gémissent et s’éloignent, ils se rejoignent, ils s’éloignent, se rejoignent, et ça brille dans les peaux, sous les peaux, c’est de la chaleur et ça les rend fous au rythme du sexe qui pénètre le sexe et le fouille, ils gémissent, ils se cambrent, les corps se cambrent, obéissent à eux-mêmes, ils appellent, implorent, attendent de l’autre d’être entièrement, pleinement, (…) ils jouissent ensemble et meurent ensemble, parce que les corps se vident, les vident, renversent, un éclair, un éclat, un éparpillement qui les tue, et à ce moment-là, exact, de l’éparpillement des deux il lui dit, il lui hurle je t’aime, parce qu’à ce moment-là c’est vrai. À ce moment-là, juste à ce moment-là, c’est toujours vrai. »

Mon amour
Emmanuel Adely
Joëlle Losfeld
162 pages, 15,50

Leur vie folle Par Camille Decisier
Le Matricule des Anges n°59 , janvier 2005.
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