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Courrier du lecteur Maudit Bic

septembre 2005 | Le Matricule des Anges n°66 | par Xavier Person

Qu’est-ce qu’un phallus clownesque ? Pourquoi les baleines sont-elles maudites ? Vous manque un mot, lequel ?.

À deux reprises, dans le mouvement proprement métastatique en quoi consiste Vertig, dans ce dysfonctionnement fictionnel généralisé en quoi consiste ce roman du cancer en l’état très avancé, cancer de l’utérus de la mère du narrateur, cancer également d’une autre femme aimée et morte elle aussi, à au moins deux reprises on a noté qu’apparaissait dans ce vertige sans e (sans eux aussi bien, puisque après le décès de la mère c’est le père qui, les lecteurs de Richard Morgiève le savent, finira par se suicider), à au moins deux reprises donc, dans ce roman qui, gravement « virussé », fonctionne beaucoup sur la reprise, on a noté, parmi les multiples visions hallucinées d’un narrateur paranoïaque (son nom n’est pas son nom, le monde n’est pas tel qu’il le voit, les histoires ne sont pas des histoires), qu’apparaissait fuyant dans un caniveau un clown vêtu d’un bustier argenté et d’une jupe en crocodile, laquelle jupe se retroussant dévoile, « poudré et vermillon », le phallus dudit clown. Qu’est-ce à dire ? Revenant une nouvelle fois sur sa destinée orpheline, l’auteur affirme une veine burlesque, trouve dans le burlesque bouffon la possibilité d’une affirmation, une possibilité de dire, de poser des mots et d’y chercher son salut, dans cette distanciation clownesque, dans le sérieux du clown aussi bien. Lapalissades lacaniennes, élucubrations langagières exagérées, auto-analyse sauvage livrée à l’état brut, mauvais goût affiché d’un romanesque kitsch, le mouvement est constamment double, entre le sérieux sincère d’une recherche d’élucidation personnelle et la dérision de la quête, entre les larmes et le rire, l’engluement du pathos et la légèreté presque joyeuse, en tout cas vivante, on pourrait dire acrobatique.
Les lettres des mots bougent étrangement dans ce livre. Elles se désolidarisent des mots parfois, à la vitesse à laquelle les fictions glissent l’une sur l’autre. L’anagramme est figure centrale. L’anagramme de « cancer » est « cancre », nous dit le livre, voir « écran », en l’occurrence celui de l’ordinateur dont le mode binaire structure autant qu’il déstructure l’écriture. La paronomase fait sur l’écran l’effet d’une baleine blanche, non pas par allusion à Philip K. Dick dont la paranoïa sous acide pourrait ressembler à celle du narrateur, mais parce que sans doute, comme on peut le lire à la page cent vingt, se souvenant que Dick est en anglais le surnom de Richard, de « maudit dick » peut découler « maudite bite » aussi bien que Moby Dick, ce qui nous ramène au phallus du clown. Pour autant, se mordre la queue est le risque que prend cette prose incestueuse à se retourner le plus souvent sur elle-même, dans un certain désordre symbolique, dans l’obsession de l’utérus maternel en lequel faire retour est rêve aussi bien que cauchemar. Pour autant, tout autant, cette prose est anti-incestueuse, cherchant par tous les moyens à sortir du ventre de la baleine, de l’indicible obscur, de l’innommable en quoi consisterait le vrai « plantage électronique », faisant jouer les mots pour réellement leur faire dire quelque chose, pour en fonder le sens, se raccrocher à eux puisque, somme toute, ils sont tout ce qui reste au bouffon. Au phallus honni du père qui par la mort refusa la paternité, le livre préfère sans doute celui qui, postiche, s’érigeant de dessous les jupes du clown, propose dans le jeu burlesque une fertilité, un flux, un désordre sensé.
Ne nous y trompons pas cependant, comme toujours chez Richard Morgiève, au-delà de son idiotie de surface, le propos est moral (voire un brin moralisateur). Faire l’idiot pour se sortir d’une situation critique demande une souplesse dont l’écriture de ce livre est la preuve euphorisante. Les ficelles sont parfois un peu grosses, mais en dessous c’est le vide. Le comique façon San-Antonio ferait irruption chez un Fritz Zorn, on croyait assister à un sketch et ce sont de purs moments sublimes, d’une écriture légère qui s’allège sous nos yeux, atteignant des sommets d’indécence rien qu’en dansant sur son fil dès lors si mince. On se souvient que Saussure se demandait si, par la vertu de l’anagramme, on ne pourrait pas trouver tous les mots possibles dans chaque texte. C’est un peu ce vertige à quoi, l’air de rien, on se trouve ici confronté. Les dernières pages nous disent que, si l’on y regarde bien, il y a toujours un mot derrière un mot. Vertig cherche ce mot et finissant par le trouver en trouve un autre à la place, on ne vous dira pas lequel. Un mot en tout cas dans ce livre à un moment prend une extrême importance, son pouvoir est énorme, comme quoi, aller voir sous les jupes des clowns n’est pas vain.

Vertig de Richard MorgiÈve, Denoël, 296 pages, 18

Maudit Bic Par Xavier Person
Le Matricule des Anges n°66 , septembre 2005.